Les dirigeants des pays membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) se retrouvent cette semaine à Ankara, en Turquie, pour un sommet dominé par la question de l'évolution du rôle des États-Unis au sein de l'Alliance. Alors que l'administration américaine réduit sa présence militaire en Europe pour se concentrer sur le Moyen-Orient et la région indo-pacifique, les partenaires européens cherchent à renforcer leur propre capacité de défense tout en maintenant un lien transatlantique fonctionnel.
Un sommet sous le signe de la transition
La rencontre intervient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par des tirs de missiles de la Chine et une nouvelle campagne de frappes russes massives contre Kyiv. Les chefs d'État et de gouvernement doivent entériner un soutien renouvelé à l'Ukraine. Les membres non américains de l'OTAN se sont engagés à fournir 80 milliards de dollars d'aide à Kiev pour les années 2026 et 2027. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, est attendu à Ankara pour plaider en faveur d'une livraison accélérée de systèmes de défense antiaérienne face à l'agression russe.
L'enjeu principal du sommet reste toutefois la redéfinition de l'architecture de défense collective. Le président américain Donald Trump insiste pour que ses alliés assument une part plus importante du fardeau, tandis que Washington rapatrie des troupes et des capacités militaires stationnées en Europe. Cette réorientation stratégique vise à contrer la montée en puissance de la Chine dans le Pacifique et à répondre aux besoins du Moyen-Orient.
Vers un nouveau modèle d'Alliance
Plusieurs capitales européennes parlent désormais d'un « OTAN 3.0 », concept qui désigne un modèle où les États européens prendraient en charge une part prépondérante de la défense conventionnelle du continent. L'objectif est de combler, même imparfaitement, les lacunes laissées par le retrait américain, afin de réduire la vulnérabilité face à une Russie jugée plus agressive et militarisée. Les discussions d'Ankara portent notamment sur les moyens d'assurer une transition la moins brutale possible, en préservant la crédibilité de la clause de défense collective — l'article 5 du traité de Washington.
Les alliés européens souhaitent que les États-Unis restent impliqués dans la sécurité du continent, mais ils prennent acte du changement de priorités de Washington. La pression américaine pour que les membres de l'OTAN consacrent davantage de ressources à leur défense — objectif qui s'est traduit par l'engagement pris lors du sommet de La Haye en 2025 d'augmenter fortement les budgets militaires d'ici à 2035 — est désormais une réalité acceptée.
Quelles perspectives pour l'Ukraine ?
Au-delà des questions structurelles, le sort de l'Ukraine demeure au cœur des préoccupations. Les frappes russes récentes sur Kyiv, couplées à l'essai d'un missile balistique chinois de longue portée, rappellent l'instabilité de l'environnement sécuritaire mondial. Les dirigeants de l'OTAN devraient réaffirmer leur soutien à Kiev, sans pour autant offrir une perspective d'adhésion immédiate, qui reste un sujet de division entre alliés.
Le sommet d'Ankara pourrait ainsi marquer un tournant dans l'histoire de l'Alliance, les Européens étant appelés à jouer un rôle de premier plan dans leur propre défense, dans un contexte où la garantie américaine, si elle n'est pas remise en cause, devient moins automatique et moins visible.