Un recours aux ordonnances ou au 49.3 envisagé
Pour éviter un enlisement parlementaire sur le budget 2027, l'exécutif examine la possibilité d'utiliser des ordonnances ou d'actionner l'article 49.3 de la Constitution, selon plusieurs sources concordantes. Cette hypothèse est évoquée alors que le gouvernement ne dispose d'aucune majorité stable au Palais-Bourbon, rendant hasardeuse la voie législative classique. Le recours au 49.3 – qui permet l'adoption d'un texte sans vote, sauf motion de censure – ou aux ordonnances – qui habilitent le gouvernement à légiférer par décret dans un domaine normalement réservé à la loi – serait activé si les discussions avec les groupes parlementaires n'aboutissaient pas.
Le comité d'alerte de Lecornu ce mardi
Dans ce contexte tendu, le ministre de l'Économie, Sébastien Lecornu, préside ce mardi 7 juillet un comité d'alerte sur les finances publiques. Cette instance, prévue par la loi de programmation des finances publiques, est chargée d'évaluer la trajectoire budgétaire et de donner « un cap » aux administrations. Selon des sources proches du dossier, Lecornu doit y présenter un état des lieux précis des comptes publics et indiquer le montant des économies supplémentaires à réaliser pour respecter les engagements européens de la France. Le déficit public, attendu autour de 5 % du PIB en 2026, devra être ramené sous la barre des 3 % d'ici 2027, un calendrier jugé « très contraint » par plusieurs experts.
Un plan d'économies sous pression
Le gouvernement doit trouver plusieurs dizaines de milliards d'euros d'économies pour tenir ses objectifs. Le précédent plan de rigueur, dévoilé début juillet par le Premier ministre Gabriel Attal, prévoyait un retour à l'équilibre des comptes publics à l'horizon 2037. Mais la dégradation plus rapide que prévu des recettes fiscales et la hausse des dépenses sociales obligent l'exécutif à accélérer le rythme. Selon les calculs du ministère de l'Économie, environ 30 milliards d'euros de coupes supplémentaires seraient nécessaires dans le budget 2027 par rapport aux projections initiales.
Des marges de manœuvre réduites
L'option des ordonnances ou du 49.3 est perçue comme un ultime recours par l'entourage de Lecornu, qui préférerait un accord négocié avec les forces politiques. Mais le spectre d'une motion de censure – qui pourrait faire tomber le gouvernement – rend cette stratégie risquée. « Nous travaillons à un compromis avec le Parlement, mais nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir de budget », a confié un conseiller ministériel sous couvert d'anonymat. Le ministre délégué aux Comptes publics, Roland Lescure, avait déjà reconnu fin juin que l'exécution du budget 2026 serait « très compliquée » et s'était dit prêt à des concessions, quitte à mettre son poste en jeu.
La réunion du Medef et les priorités
La semaine dernière, Sébastien Lecornu avait réuni à Matignon les représentants du Medef pour affiner les priorités budgétaires. L'organisation patronale avait proposé un plan d'économies de 100 milliards d'euros, incluant une hausse de la TVA, un recul de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans et une réduction du nombre de fonctionnaires. Le ministre avait accueilli favorablement ces propositions, tout en les jugeant « déconnectées » de la réalité politique. « Nous avons besoin de mesures réalistes, qui puissent être votées ou, à défaut, imposées sans paralyser le pays », avait-il déclaré.
Les échéances à venir
Le calendrier budgétaire est serré. Le projet de loi de finances pour 2027 doit être présenté en Conseil des ministres début octobre, puis examiné au Parlement jusqu'à la fin de l'année. En l'absence d'accord d'ici là, l'exécutif pourrait dégainer ses outils constitutionnels dès la mi-novembre, afin d'éviter un shutdown administratif. Les discussions avec les groupes politiques – notamment les Républicains, le Rassemblement national et La France insoumise – n'ont pour l'instant abouti à aucune avancée tangible.
Une situation inédite sous la Ve République
Le recours aux ordonnances pour un budget serait une première sous la Ve République, car cette procédure nécessite une loi d'habilitation préalable, elle-même soumise au vote. L'article 49.3, en revanche, a déjà été utilisé à plusieurs reprises par le précédent gouvernement, notamment pour les réformes des retraites et de l'assurance-chômage. Mais son emploi pour un texte aussi sensible que le budget 2027 expose l'exécutif à une motion de censure transpartisane, dont l'issue est incertaine.