La guerre des talents entre Apple et OpenAI vient de franchir un cap judiciaire. Le géant de Cupertino a intenté une action en justice contre la start-up d'intelligence artificielle, l'accusant d'avoir orchestré un vaste trafic de secrets commerciaux via des employés transfuges. Selon la plainte déposée, OpenAI aurait délibérément sollicité et soutiré des informations protégées en recrutant des salariés d'Apple, puis en exploitant leurs accès résiduels aux réseaux internes.

Un ancien ingénieur au cœur du système

Le document judiciaire met en cause plusieurs personnes. Chang Liu, un ancien ingénieur électronicien senior d'Apple, aurait conservé un ordinateur portable fourni par son ex-employeur après son départ pour OpenAI. Il aurait découvert une faille lui permettant de se connecter au système de stockage en nuage d'Apple alors qu'il travaillait déjà pour son nouveau employeur. Dans un message adressé à un ancien collègue resté chez Apple, il se serait vanté : « LOL, j'ai découvert que je peux accéder au stockage réseau, c'est trop drôle. » La plainte affirme que Liu a téléchargé des dizaines de fichiers marqués confidentiels pendant qu'il développait du matériel pour OpenAI.

Un vétéran d'Apple passé à l'ennemi

Tang Tan, ancien cadre d'Apple ayant participé à la conception de l'iPhone et de l'Apple Watch, est également nommé dans la plainte. Il occupe aujourd'hui le poste de directeur matériel chez OpenAI et a cofondé io Products, la filiale dédiée au développement de dispositifs physiques de l'entreprise d'IA. Les avocats d'Apple l'accusent d'avoir utilisé les noms de code internes de son ancien employeur pour soutirer des informations aux candidats au recrutement encore en poste chez Apple. Tan leur aurait demandé d'apporter « des pièces réelles » (batteries, cartes logicielles, systèmes en boîtier) pour des séances de « montre et raconte ». Il aurait également diffusé un document intitulé « Need to Know » issu de la procédure de départ d'Apple, afin d'apprendre aux nouvelles recrues d'OpenAI à contourner les contrôles de sécurité de sortie.

Jony Ive absent de la plainte

L'ancien directeur du design d'Apple, Jony Ive, qui collabore avec OpenAI depuis 2023 et a cofondé io Products avec Tan, n'est pas cité comme défendeur dans l'action en justice. Il dirige aujourd'hui les travaux sur les appareils de l'entreprise d'IA. La plainte ne formule aucune accusation directe à son encontre.

Des partenaires d'Apple abusés

Selon la plainte, OpenAI se serait également approché de partenaires de confiance d'Apple en utilisant des informations confidentielles volées. Un fournisseur aurait ainsi été amené à présenter une technique de finition métallique relevant d'un secret industriel, après qu'OpenAI lui a fait croire qu'elle disposait de l'autorisation d'Apple pour ce faire.

Une hémorragie de talents chiffrée

Le document indique que plus de 400 anciens employés d'Apple travaillent désormais pour OpenAI. Cette fuite des cerveaux s'inscrit dans un contexte tendu : Apple et OpenAI entretiennent pourtant une relation commerciale, puisque les produits Apple intègrent ChatGPT. Mais plusieurs médias avaient rapporté plus tôt cette année qu'OpenAI envisageait d'engager des poursuites contre Apple pour rupture de contrat, signe que les relations se dégradaient.

Un procès aux lourdes implications

Apple réclame que les défenseurs soient empêchés de posséder, d'utiliser ou de divulguer ses secrets commerciaux, que tous les documents lui soient restitués et que des dommages-intérêts soient versés pour le préjudice subi du fait de l'appropriation illicite et de la rupture de contrat. OpenAI prévoit de dévoiler un premier appareil matériel dans le courant de l'année, selon des déclarations faites en janvier par son responsable des affaires mondiales, Chris Lehane. Cette action en justice pourrait compliquer le lancement de ce produit.

L'affaire est en cours et les audiences devraient débuter dans les mois à venir.