212 millions d’euros : le chèque d’Apple pour clore un litige
Apple a transféré 212 millions d’euros à l’administration fiscale française, mettant ainsi un terme à un contrôle portant sur les exercices 2024 et antérieurs. La somme, qui avait été anticipée dans les comptes de la filiale tricolore dès 2025, concerne la méthode de calcul des prix de transfert entre Apple France et la maison mère irlandaise du groupe.
Cette pratique, courante chez les multinationales, consiste à centraliser la facturation des ventes dans un pays à faible fiscalité – en l’occurrence l’Irlande – tandis que la filiale locale ne déclare qu’une activité réduite. Officiellement, Apple France assure des missions de marketing et d’assistance commerciale, ce qui se traduit par un chiffre d’affaires déclaré limité à 233 millions d’euros et un impôt sur les bénéfices de 44,4 millions en 2025. Pourtant, les revenus issus de la vente et de la maintenance des iPhone, Mac et autres produits sur le territoire français sont comptabilisés par la structure irlandaise, bien plus faiblement imposée.
Accord préalable pour sécuriser la méthode
Pour éviter la répétition de tels contentieux, Apple et Bercy ont signé un accord préalable en matière de prix de transfert. Ce document fixe une méthodologie convenue entre les deux parties, valable pour plusieurs années. Ce type de convention, qui se développe, permet à l’entreprise de connaître à l’avance les règles appliquées et au fisc de garantir une base taxable transparente. Un récent rapport de la Cour des comptes indiquait que 99 grands groupes avaient recouru à de tels accords entre 2018 et 2024.
Un historique d’affrontements fiscaux
Ce versement n’est pas le premier. En 2013, les services fiscaux avaient perquisitionné les bureaux parisiens d’Apple. Le contentieux qui a suivi s’était achevé en 2019 par un règlement amiable d’environ 500 millions d’euros, soit plus du double du montant actuel. Par ailleurs, la filiale chargée des vingt magasins physiques en France, Apple Retail France, avait été redressée en 2017 à hauteur de 12,2 millions d’euros au titre des années 2012 à 2014.
Ces boutiques connaissent aujourd’hui une santé florissante : leur chiffre d’affaires a atteint 1,19 milliard d’euros l’an dernier, en progression de 19,5 %, pour un bénéfice net de 26 millions. Malgré ce volume, l’impôt sur les sociétés acquitté par cette entité ne s’est élevé qu’à 9,47 millions d’euros, illustrant les écarts qui continuent d’attirer l’attention des autorités.
Une paix fiscale fragile ?
L’accord préalable signé entre Apple et Bercy pourrait représenter une trêve durable dans un bras de fer qui dure depuis plus d’une décennie. Toutefois, les observateurs soulignent que la méthodologie négociée devra faire ses preuves dans un contexte où la pression sur l’optimisation fiscale des géants technologiques ne faiblit pas. Le montant de 212 millions, bien qu’inférieur à celui de 2019, confirme que les autorités françaises maintiennent une vigilance accrue sur les montages transfrontaliers.