Un nouveau cap pour la gauche new-yorkaise

La victoire inattendue de Zohran Mamdani à la mairie de New York l’an dernier a changé la donne pour les Démocrates socialistes d’Amérique (DSA). L’organisation, qui concentrait jusque-là ses efforts sur les échelons locaux, a élargi son ambition au niveau fédéral. Dans le cadre des primaires en cours, sa section new-yorkaise soutient dix candidats à des postes de représentants à la Chambre des représentants et de députés à l’Assemblée législative de l’État – le plus grand nombre jamais présenté par le mouvement. Cette poussée s’appuie sur les quelque 100 000 personnes mobilisées lors de la campagne municipale.

Une cible de premier plan : le représentant Espaillat

Parmi les objectifs les plus symboliques figure Adriano Espaillat, élu démocrate depuis cinq mandats dans le nord de Manhattan. Il fait face à Darializa Avila Chevalier, une novice politique investie par le DSA et ouvertement soutenue par le maire Mamdani. La candidate mise sur les quartiers en gentrification de Washington Heights pour renverser un sortant bien implanté. La menace a été prise suffisamment au sérieux pour que Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate à la Chambre, se déplace personnellement à un meeting de campagne pour appuyer M. Espaillat. « Nous sommes tous déterminés à faire ce qu’il faut pour améliorer la vie des habitants de cette ville et du pays », a déclaré M. Jeffries, tout en rejetant vigoureusement la percée du DSA au Congrès.

Le « corridor communiste » de Brooklyn et Queens

Dans une zone de Brooklyn et Queens surnommée le « corridor communiste », le DSA soutient Claire Valdez, actuelle députée à l’Assemblée de l’État, contre Antonio Reynoso, président de l’arrondissement de Brooklyn. Mme Valdez bénéficie de l’appui du maire, tandis que M. Reynoso est soutenu par la sortante Nydia Velázquez, première Portoricaine élue au Congrès. Les deux candidats sont d’origine latino-américaine. La représentante Velázquez prend sa retraite cette année, laissant un siège très convoité.

Des bastions historiques contestés

Le DSA tente également de déloger plusieurs élus locaux dans des quartiers noirs historiques comme Central Harlem. Conrad Blackburn, un candidat socialiste, y affronte Jordan Wright, député sortant et fils de Keith Wright, président du Parti démocrate de Manhattan. M. Wright a ironisé sur la connaissance du quartier par son adversaire : « Il y a des gens dans cette communauté qui ont voté pour mon grand-père, mon père, mon oncle et moi-même. Je ne sais pas depuis combien de temps il est ici. » Cette rhétorique est reprise par d’autres démocrates traditionnels, qui présentent les candidats du DSA comme des outsiders cherchant à capter un pouvoir politique historiquement ancré dans les communautés locales.

Une stratégie nationale

Au-delà de New York, le DSA enregistre des succès dans plusieurs villes américaines en promouvant un message pragmatique axé sur la concrétisation des promesses. Des figures comme Janeese Lewis George à Washington et Katie Wilson à Chicago incarnent cette mouvance. Mais c’est à New York que la bataille est la plus visible, puisque l’organisation post-mandat Mamdani cherche à convertir son capital militant en sièges au Congrès et à l’Assemblée législative. Les primaires qui se déroulent ces semaines détermineront si cette stratégie de conquête des institutions par le terrain porte ses fruits face à l’appareil démocrate traditionnel.