La France a tranché. Pour succéder à ses lance-roquettes unitaires (LRU), dont l’obsolescence est programmée pour 2027, le gouvernement a choisi de s’appuyer sur une filière industrielle nationale. Catherine Vautrin, ministre des Armées, a officialisé lundi 15 juin l’ouverture de négociations exclusives avec un groupement réunissant Safran et MBDA. Cette annonce a été faite lors du salon Eurosatory, grand rendez-vous de la défense terrestre.
Un programme lancé en 2023
La direction générale de l’armement (DGA) avait initié en 2023 le programme FLP-T (Frappe de Longue Portée Terrestre) afin d’évaluer les différentes options disponibles sur le marché. L’objectif était de redonner à l’armée française une capacité de frappe dans la profondeur, un besoin mis en évidence par le conflit en Ukraine. Le LRU, devenu obsolète, ne permettait plus de garantir cette capacité à long terme.
Le choix de la souveraineté
« Vous le savez, notre pays a souhaité se doter pour la frappe dans la profondeur d’un successeur au lance-roquettes unitaire. Nous sommes en phase, je vous l’annonce ce matin, des négociations exclusives avec un groupement souverain composé de Safran et MBDA », a déclaré la ministre lors de son allocution inaugurale. Cette décision écarte de fait les solutions proposées par des industriels américains, qui étaient également sur les rangs. La ministre a justifié ce choix par la nécessité de préserver une capacité stratégique nationale.
Safran et MBDA, les deux piliers de la défense française
Safran, spécialiste des systèmes de propulsion et de navigation, et MBDA, leader européen des missiles, devront désormais élaborer un système de lance-roquettes de longue portée. Les contours précis du futur matériel n’ont pas été dévoilés, mais les industriels seront chargés de développer une solution répondant aux exigences opérationnelles de l’armée de terre. Le groupement formé par les deux entreprises sera le seul interlocuteur de la DGA pour cette phase de négociations.
Une réponse aux enjeux géopolitiques
Le choix de la France intervient dans un contexte où les capacités d’artillerie de longue portée sont devenues un enjeu central des conflits modernes, comme l’a démontré la guerre en Ukraine. Les systèmes occidentaux, notamment américains (HIMARS, M270), y ont été massivement employés. En optant pour une solution européenne et nationale, Paris entend garantir son autonomie stratégique et sa capacité à produire et maintenir en condition opérationnelle ses propres systèmes d’armes.
Calendrier et perspectives
Les négociations exclusives avec Safran et MBDA devraient aboutir à un contrat de développement dans les mois à venir. Le remplacement des LRU est prévu à partir de 2027, ce qui impose un calendrier serré aux industriels. Le programme FLP-T s’inscrit dans la loi de programmation militaire 2024-2030, qui prévoit des investissements conséquents pour moderniser l’artillerie française.