La France a tranché : le futur système de lance-roquettes à longue portée de l’armée de Terre sera développé par deux industriels nationaux. La ministre des Armées a annoncé, ces derniers jours, l’entrée en « négociation exclusive » avec Safran et MBDA pour la conception du successeur du système d’artillerie actuel. Ce choix écarte de fait les solutions proposées par des concurrents américains et marque une volonté affirmée de souveraineté industrielle dans le domaine crucial des feux longs.

Un enjeu stratégique pour les armées

Le programme, qui doit remplacer à terme les actuels lance-roquettes unitaires (LRU) et le système d’artillerie Canon Caesar, s’inscrit dans un effort de modernisation des capacités de frappe dans la profondeur. Les besoins opérationnels sont pressants : les conflits récents ont démontré l’importance de disposer de systèmes capables d’engager des cibles à plusieurs dizaines de kilomètres avec précision et réactivité. Le futur système devra offrir une portée significativement accrue par rapport aux matériels en service, tout en garantissant une mobilité et une protection adaptées aux menaces contemporaines.

Le duo Safran-MBDA, un pari industriel

En sélectionnant ce tandem, l’exécutif mise sur des entreprises dont l’expertise est reconnue dans les domaines de la propulsion, du guidage et de l’intégration de systèmes complexes. Safran apporte son savoir-faire dans les moteurs de roquettes et les équipements de navigation, tandis que MBDA – leader européen des missiles – maîtrise l’ensemble de la chaîne de conception des systèmes d’armes. L’association des deux groupes devrait permettre de proposer une solution « made in France » intégrant des technologies critiques, depuis le tube de lancement jusqu’à la charge utile, en passant par le système de pilotage et de contrôle de tir.

La souveraineté comme ligne directrice

La décision intervient dans un contexte où la dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers, en particulier américains, est devenue un sujet de préoccupation majeur pour les états-majors européens. En optant pour une solution nationale, la France s’assure le contrôle complet de la conception, de la production et des évolutions futures de son artillerie à longue portée. Le ministère a souligné que ce choix « de souveraineté » permettra également de préserver des compétences industrielles clés sur le territoire et de soutenir l’emploi dans les bassins d’activité de la défense.

Des négociations à venir

La phase de négociation exclusive ouvre désormais la voie à la définition précise du système, de ses performances et de son calendrier de développement. Les discussions porteront sur le partage des tâches entre les deux industriels, le montant du contrat-cadre et les modalités de livraison des premiers exemplaires. Aucun chiffrage n’a été communiqué à ce stade, mais le programme s’annonce comme l’un des plus importants de la loi de programmation militaire en cours. Les premiers prototypes devraient être livrés d’ici la fin de la décennie, avec une entrée en service opérationnel attendue dans les années suivant la signature du contrat.

Réactions et perspectives

Sans surprise, les deux groupes concernés ont salué une décision qui conforte leur position dans le paysage européen de l’armement terrestre. Les syndicats et les élus locaux des sites de production – notamment à Bourges pour MBDA et à Vernon pour Safran – ont exprimé leur satisfaction face à cette perspective de charge de travail durable. Reste à savoir si cette solution nationale pourra, à terme, être proposée à des partenaires européens dans le cadre d’une coopération, ou si elle restera l’apanage des seules forces françaises. La question d’une éventuelle interopérabilité avec les systèmes de l’Otan, dont les États-Unis sont le principal fournisseur d’artillerie, n’a pas été tranchée pour l’instant.