Le sommet du G7 qui se tient à Évian-les-Bains sert également de cadre à des discussions bilatérales sur les technologies de pointe. Emmanuel Macron a ainsi réuni, en marge des sessions officielles, les dirigeants des entreprises OpenAI, Google DeepMind et Anthropic. Cette rencontre, dont la tenue n’avait pas été annoncée dans le programme prévisionnel, intervient alors que l’intelligence artificielle fait l’objet de réflexions croissantes au sein des instances multilatérales.
Selon des informations concordantes, l’entretien a porté sur les cadres de régulation possibles pour les systèmes d’IA avancés, notamment les modèles dits « frontières » (frontier models). Le président français aurait cherché à obtenir des engagements concrets de la part de ces entreprises en matière de sécurité, de transparence et de respect des normes éthiques. Les trois sociétés, qui figurent parmi les plus actives dans le développement de l’IA générative, sont régulièrement sollicitées par les gouvernements pour contribuer à l’élaboration de règles communes.
Un agenda de régulation accéléré
La réunion s’inscrit dans la continuité des initiatives françaises en matière de gouvernance de l’IA. Paris avait déjà organisé un sommet sur le sujet en février 2025, et la question est revenue au premier plan à l’occasion de ce G7. Emmanuel Macron a présenté l’intelligence artificielle comme un « enjeu de souveraineté et de compétitivité » pour l’Europe, tout en soulignant la nécessité d’éviter une course effrénée aux armements numériques.
Sam Altman, patron d’OpenAI, Demis Hassabis, fondateur de Google DeepMind, et Dario Amodei, dirigeant d’Anthropic, ont chacun exposé leur vision des risques et des opportunités liés à la généralisation des IA génératives. Plusieurs sujets techniques ont été abordés, notamment la capacité des modèles à diffuser des contenus trompeurs ou à être détournés à des fins malveillantes. Les discussions ont également porté sur les mécanismes de contrôle par des tiers et sur les standards de test de robustesse.
Un contexte géopolitique tendu
Cette rencontre a eu lieu dans un climat marqué par de fortes divergences entre les membres du G7 sur d’autres dossiers, en particulier les relations commerciales avec la Chine et la position à adopter face à l’Iran. Les questions d’IA n’ont pas fait l’objet d’affrontements ouverts, mais les positions restent contrastées entre les États-Unis, qui privilégient une approche volontaire, et l’Union européenne, qui plaide pour un cadre réglementaire contraignant.
Aucune déclaration commune n’a été publiée à l’issue de la réunion. Les participants ont convenu de poursuivre les échanges dans les mois à venir, potentiellement dans le cadre de l’OCDE ou d’un forum multilatéral dédié. La France souhaite capitaliser sur cette dynamique avant la prochaine échéance internationale sur l’IA, prévue en 2027 en Corée du Sud.
Des engagements encore flous
Si les dirigeants des trois entreprises se sont dits favorables à une « coopération internationale renforcée », les modalités concrètes d’un tel accord restent à définir. OpenAI, Google DeepMind et Anthropic insistent sur la nécessité de préserver la diversité des approches et la capacité d’innovation, tout en reconnaissant la légitimité des préoccupations réglementaires. La question du partage des données entre secteurs public et privé a également été évoquée, sans qu’un consensus ne se dégage.
La réunion d’Évian illustre la volonté de l’exécutif français de placer l’intelligence artificielle au cœur des discussions diplomatiques, en tentant de concilier attractivité économique et protection des citoyens. Les prochains mois diront si cette tentative de dialogue aboutira à des avancées concrètes ou restera une simple déclaration d’intentions.