Les autorités kenyanes ont mis en place un important dispositif de sécurité dans la capitale, Nairobi, et dans plusieurs grandes villes du pays, à la veille de manifestations annoncées par la génération Z pour le jeudi 25 juin 2026. Cette date marque le deuxième anniversaire des premières grandes contestations qui avaient ébranlé le gouvernement du président William Ruto.

Dès les premières heures de la matinée, les forces de l’ordre ont érigé des barrages sur les principaux axes routiers menant au centre-ville de Nairobi, notamment l’autoroute Thika Super Highway, la route de Mombasa, la route Nairobi-Namanga à Athi River, l’avenue Kenyatta, la voie Waiyaki Way et la route Jogoo Road. Ces mesures ont bloqué l’accès aux automobilistes comme aux piétons, laissant de nombreux habitants sans possibilité de se rendre dans le quartier des affaires. Plusieurs entreprises et écoles ont également fermé leurs portes pour la journée.

Un mouvement né de l’opposition à un projet de loi fiscale

Les premières manifestations, connues sous le nom de « protestations de la génération Z », avaient éclaté en juin 2024 en réaction à un projet de loi de finances (Finance Bill 2024) qui prévoyait d’importantes hausses d’impôts. Porté par des jeunes nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, le mouvement s’est organisé de manière décentralisée, via les réseaux sociaux, sans le patronage des partis politiques traditionnels ni des figures de l’opposition établie.

Le pic de la contestation a été atteint le 25 juin 2024, lorsque des manifestants ont pénétré dans l’enceinte du Parlement à Nairobi. Face à la pression, le gouvernement a finalement retiré le texte. Toutefois, les causes profondes de la colère — notamment le coût élevé de la vie, le chômage des jeunes et la corruption — n’ont pas été résolues, selon de nombreux activistes et experts.

Un bilan humain lourd

Depuis le début du mouvement, plus de 120 personnes ont perdu la vie, selon les bilans compilés par les organisations de défense des droits humains. Les violences ont été particulièrement meurtrières lors des premières manifestations de 2024 (plus de 80 morts) et durant le premier anniversaire, en juin 2025, où plus de 60 personnes ont été tuées lors de la répression des rassemblements.

Jeudi matin, des accrochages ont déjà eu lieu dans le quartier de Githurai, près de Nairobi, où des manifestants ont allumé des feux et affronté les forces de l’ordre. La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les attroupements et procédé à plusieurs arrestations dans la capitale.

Des familles de victimes réclament la paix

Certains parents ayant perdu des enfants durant les affrontements de 2024 ont lancé un appel au calme. « Nous ne voulons pas de gaz lacrymogène ni de courses-poursuites dans les rues. Nous sommes trop âgés pour cela », a déclaré l’un d’eux à Nairobi. Ils demandent à pouvoir se recueillir pacifiquement.

Des figures de l’opposition, parmi lesquelles Kalonzo Musyoka, Martha Karua et Eugene Wamalwa, se sont jointes aux familles des victimes pour déposer une gerbe devant le Parlement, en hommage aux personnes tuées en 2024.

Un mouvement qui continue de marquer la vie politique

Pour de nombreux jeunes Kenyans, la date du 25 juin est devenue un symbole de résistance face à la brutalité policière, aux difficultés économiques et à ce qu’ils perçoivent comme un fossé croissant entre la classe dirigeante et les citoyens. « C’est le jour où vous avez perdu votre légitimité auprès du peuple kényan », a affirmé Faith Njeri, une étudiante universitaire à Nairobi, en s’adressant au gouvernement. « Tout ça pour avoir simplement dit non au projet de loi de finances. »

De leur côté, les autorités appellent les manifestants à rester pacifiques et à éviter les violences, les pillages et les destructions de biens. Le président William Ruto a réaffirmé le droit de manifester, tout en mettant en garde contre toute tentative de « destruction de biens ou de chaos ».

La journée de jeudi s’annonce comme un test pour la capacité du gouvernement à gérer une contestation qui, bien que privée de chef apparent, conserve une capacité de mobilisation importante via les outils numériques.