L’ironie a frappé de plein fouet la capitale britannique cette semaine. Alors que le Royaume-Uni subit une vague de chaleur exceptionnelle pour un mois de juin, un événement phare de la London Climate Action Week, intitulé « Chaleur extrême : améliorer la gouvernance et renforcer l’action dans le monde », a dû être annulé. La cause ? L’alerte rouge émise par le Met Office, le service météorologique national, qui a incité les autorités à fortement déconseiller tout déplacement non essentiel.

Un paradoxe climatique L’événement devait se tenir mercredi dans les locaux de la London School of Economics. Sur son site internet, le Global School of Sustainability de l’université a indiqué : « Nous regrettons que cet événement ait été annulé en raison de l’alerte rouge pour chaleur extrême émise par le Met Office britannique. » La London Climate Action Week, qui se déroule du 20 au 28 juin et se présente comme l’un des plus grands rassemblements indépendants au monde consacrés au climat, a donc vu son propre programme perturbé par le phénomène même qu’elle entend combattre.

La réaction du secrétaire exécutif de l'ONU Climat Simon Stiell, le secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, présent à Londres pour la semaine d’action, n’a pas manqué de réagir. Dans une déclaration publique, il a estimé que la canicule actuelle en Europe était « le dernier prix à payer pour la pollution par les combustibles fossiles qui cuit notre planète ». Il a ajouté : « Les écoles qui ferment, les plus vulnérables qui meurent, les économies qui transpirent : voilà à quoi ressemble la crise climatique dans la pratique, et cela ne fait que commencer. »

Un contexte de records de température Le Royaume-Uni enregistre des températures inédites pour un mois de juin, avec un pic à 36 °C mesuré mercredi, faisant de cette journée la plus chaude jamais connue pour un mois de juin dans le pays. Le Met Office a émis une alerte rouge, un niveau rarement activé, couvrant une large partie du territoire. Au Pays de Galles, cette alerte a été qualifiée d’inédite. Les écoles, majoritairement dépourvues de climatisation, ont fermé leurs portes par centaines, et les services ferroviaires ont subi de nombreuses perturbations, les rails étant susceptibles de se déformer sous l’effet de la chaleur.

Un autre rendez-vous annulé dans le Norfolk L’épisode a également contraint à l’annulation d’une réunion du conseil local du Norfolk, dans l’est de l’Angleterre. Cette réunion devait examiner une motion déposée par Austen Moore, conseiller du parti d’extrême droite Reform UK, qui proposait de remplacer la déclaration d’urgence climatique de la collectivité par une « stratégie de résilience pour nous rendre mieux capables de faire face aux défis que le changement climatique apporte ». Dans un courriel, M. Moore a ironisé sur la situation : « L’annulation de la réunion du conseil ne fait que renforcer la nécessité pour nous d’être résilients face aux changements. Si nous étions correctement préparés, la réunion n’aurait pas été annulée. »

Un phénomène amplifié par le réchauffement global Le continent européen, qui se réchauffe plus rapidement que toute autre région du monde selon les climatologues, subit cette année une deuxième vague de chaleur sévère et particulièrement précoce en l’espace de deux mois. Des alertes urgentes étaient en vigueur dans plus d’une douzaine de pays, mettant à l’épreuve les réseaux électriques et les infrastructures sanitaires. Au Royaume-Uni, où la majorité des habitations et établissements scolaires ne sont pas équipés de systèmes de refroidissement, certains hôpitaux ont reporté des interventions non urgentes pour faire face à l’afflux de patients souffrant de la chaleur.