Deux ans après le début du mouvement de contestation mené par la jeune génération kényane, le pays se prépare à une nouvelle journée de mobilisation. Jeudi, des milliers de personnes devraient manifester pour réclamer justice pour les victimes et dénoncer des problèmes qui, selon les activistes, demeurent non résolus. La police a bloqué les principaux axes routiers menant au centre de Nairobi, tandis que la circulation a été perturbée et que de nombreux commerces et écoles sont restés fermés, selon diverses informations.

Les forces de l’ordre ont installé des barrages sur la voie rapide Thika, la route de Mombasa, l’autoroute Nairobi-Namanga à Athi River, ainsi que sur Kenyatta Avenue, Waiyaki Way et Jogoo Road. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour disperser des rassemblements dans le quartier de Githurai, où des incendies ont été allumés lors d’affrontements. Plusieurs personnes auraient été interpellées par des policiers anti-émeutes.

Les origines du mouvement

Les protestations de la Génération Z trouvent leur origine dans le dépôt, en juin 2024, d’un projet de loi de finances très contesté. Ce texte prévoyait une série de hausses d’impôts, provoquant la colère d’une population déjà confrontée à une inflation élevée, au chômage des jeunes et à un sentiment général de corruption au sein des institutions. Les manifestants – pour la plupart nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 – se sont organisés de manière décentralisée, principalement via les réseaux sociaux, en dehors des structures politiques traditionnelles.

Le 25 juin 2024, des milliers de personnes ont marché sur le Parlement à Nairobi, forçant l’entrée du bâtiment. Sous la pression populaire, le président William Ruto a finalement retiré le projet de loi. Cependant, le mouvement n’a pas abouti au départ du chef de l’État ni à des réformes structurelles profondes. Les revendications initiales – baisse du coût de la vie, lutte contre le chômage et bonne gouvernance – restent d’actualité, selon des experts et des activistes.

Un bilan humain lourd

Les manifestations de 2024 ont fait au moins 80 morts, selon des groupes de défense des droits humains, et des dizaines de blessés. Un an plus tard, lors du premier anniversaire, les forces de l’ordre ont tué plus de 60 personnes en dispersant les rassemblements. Au total, plus de 120 personnes auraient perdu la vie depuis le début du mouvement, selon des bilans cités par des sources d’information.

Des parents ayant perdu des enfants lors des manifestations de 2024 ont demandé au gouvernement de pouvoir se recueillir pacifiquement. « Nous ne voulons pas de gaz lacrymogènes et d’affrontements dans les rues. Nous sommes trop vieux pour cela », a déclaré l’un d’eux à des journalistes à Nairobi.

Une journée de commémoration sous haute tension

Les autorités ont appelé les manifestants à rester pacifiques et à éviter tout acte de violence, vol ou destruction de biens. Le président Ruto a réaffirmé vendredi le droit de manifester, tout en mettant en garde contre toute personne « mobilisée pour détruire des biens ou semer le chaos », selon des propos rapportés.

Des responsables de l’opposition, dont Kalonzo Musyoka, Martha Karua et Eugene Wamalwa, se sont joints aux familles des victimes pour déposer des gerbes de fleurs devant le Parlement, en hommage aux personnes tuées en 2024.

Pour de nombreux jeunes Kényans, le 25 juin est devenu un symbole de résistance contre la violence policière, les difficultés économiques et le fossé grandissant entre les dirigeants et la population. « Le 25 juin est un rappel de ce que ce régime est. C’est un rappel du moment où vous avez perdu votre légitimité auprès du peuple du Kenya, simplement en disant non au projet de loi de finances », a déclaré Faith Njeri, étudiante à Nairobi.

L’activiste Brian Otieno a pour sa part souligné l’importance de la commémoration : « Jeudi est notre plus grand jour. Célébrez la vie des camarades qui sont morts. Nous venons avec des fleurs. Votre gouvernement doit donc se préparer à assurer notre sécurité. »

Quelles perspectives pour le mouvement ?

Deux ans après le début de la contestation, les activistes estiment que peu de choses ont fondamentalement changé. Le chômage des jeunes, la hausse du coût de la vie et les préoccupations liées à la gouvernance continuent de peser sur la même génération qui s’est d’abord mobilisée en ligne avant de descendre dans la rue. Les manifestations de jeudi pourraient donc dépasser le simple cadre commémoratif et relancer un mouvement qui, bien que décrié par le pouvoir, n’a jamais cessé d’exister.