Le géant américain des semi-conducteurs Qualcomm a officialisé le 24 juin l'acquisition de la start-up Modular, valorisée à environ 3,92 milliards de dollars. L'opération, payée en actions ordinaires, témoigne de l'ambition de Qualcomm de s'imposer dans les infrastructures d'intelligence artificielle pour serveurs, un segment dominé par Nvidia et son écosystème CUDA.

Une plateforme qui brise la dépendance matérielle

Modular, fondée par Chris Lattner, l'un des architectes du langage Swift d'Apple, a développé deux produits phares : le langage de programmation Mojo, compatible avec Python, et surtout la plateforme Max. Cette dernière permet d'exécuter plus de 500 modèles d'IA – parmi lesquels Llama, Gemma, Qwen et DeepSeek – sur différents types de processeurs, qu'il s'agisse de GPU, NPU, CPU ou de circuits ASIC personnalisés, sans aucune modification du code source. L'automatisation de la compatibilité matérielle réduit le verrouillage des développeurs sur une architecture unique.

Selon Qualcomm, la communauté de développeurs autour de Modular se caractérise par son indépendance vis-à-vis des fournisseurs et son engagement en faveur de l'ouverture et de la portabilité des infrastructures d'IA. Max propose également des modules préconstruits et des réseaux neuronaux prêts à l'emploi pour les entreprises qui ne nécessitent pas de modèles entièrement sur mesure.

Une roadmap data center ambitieuse

Qualcomm confirme ainsi sa stratégie de diversification vers les data centers dédiés à l'IA, où elle a lancé en octobre 2025 ses puces de serveur AI200 et AI250. La première prend en charge jusqu'à 768 gigaoctets de mémoire LPDDR par carte. Lors de sa journée investisseurs, le 24 juin, la firme a dévoilé sa future gamme Dragonfly, incluant le CPU serveur C1000, doté de plus de 250 cœurs Oryon, ainsi que l'accélérateur AI300, dont la commercialisation est prévue pour 2028.

Contrer la domination de Nvidia

L'acquisition de Modular s'inscrit dans la volonté de Qualcomm de fragiliser l'hégémonie de Nvidia sur le marché de l'inférence IA. En rendant ses puces capables d'accueillir une multitude de modèles sans efforts de portage, Qualcomm espère attirer les développeurs qui, jusqu'ici, privilégient l'écosystème CUDA pour sa maturité et sa simplicité. La plateforme Max constitue une alternative ouverte, susceptible d'être adoptée par les entreprises cherchant à éviter la dépendance à un seul fournisseur.

Un enjeu financier et stratégique

L'émission de 19,2 millions d'actions ordinaires rémunère les actionnaires de Modular sur la base du dernier cours de clôture de Qualcomm, portant le montant de la transaction à près de 4 milliards de dollars. Le rachat vient renforcer un portefeuille déjà solide de technologies pour l'IA embarquée et les terminaux mobiles, mais marque surtout un tournant vers les infrastructures lourdes de calcul. Qualcomm compte désormais sur l'expertise de Modular – dont les fondateurs ont fait leurs preuves chez Apple et dans l'open source – pour accélérer le déploiement de ses puces dans les data centers, un marché très concurrentiel où Intel et AMD cherchent également leur place.