L'annonce faite lundi par le président américain Donald Trump d'un « apaisement » entre Israël et le Hezbollah a été accueillie avec prudence, voire incrédulité, au Liban. Sur son réseau Truth Social, M. Trump a affirmé que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou s'était engagé, lors d'un échange téléphonique « très productif », à ne pas attaquer Beyrouth. Il a également déclaré avoir eu un « très bon échange avec le Hezbollah à travers des intermédiaires très haut placés », précisant que la formation chiite avait « accepté de cesser totalement le feu » et de ne plus attaquer Israël.
Sur le terrain, la réalité contraste nettement avec ces promesses. Saad, originaire de Nabatiyé, à environ 70 kilomètres au sud de Beyrouth, montre sur son téléphone les ruines de sa maison, détruite la semaine précédente par des bombardements israéliens. « On entend parler de paix à Washington, mais au sud du Liban c'est toujours la guerre », déplore-t-il. « Tant que le Hezbollah ne rendra pas les armes, Israël poursuivra sa campagne de punition collective », ajoute-t-il. D'autres voix, comme celle d'Antoun, ancien agent du renseignement libanais, expriment leur incrédulité devant l'idée que les Américains aient pu négocier directement avec le Hezbollah, qualifié de groupe terroriste par Washington.
Le rôle-clé de Nabih Berri
Le rôle de médiateur que s'est attribué Donald Trump a, en réalité, été joué en coulisses par Nabih Berri, président du Parlement libanais et chef du mouvement Amal, allié traditionnel du Hezbollah. Interrogé lundi par le New York Times, M. Berri a déclaré : « si un cessez-le-feu sérieux est instauré, je vous garantis que le Hezbollah s'y engagera pleinement », ajoutant que « le message venait directement du Hezbollah » et que « seul Trump peut instaurer un véritable cessez-le-feu » au Liban.
Une source proche du gouvernement libanais confirme l'implication directe de Nabih Berri dans la médiation. Selon cette source, M. Berri aurait été informé que l'attaque israélienne envisagée viserait non seulement la banlieue sud de Beyrouth, mais aussi tous les fiefs chiites du pays. Il aurait alors immédiatement contacté les députés du Hezbollah, les menaçant d'une guerre ouverte « si ces derniers ne se conformaient pas au cessez-le-feu ». La même source précise que Nabih Berri a ensuite sollicité les autorités saoudiennes pour qu'elles interviennent auprès de Donald Trump, afin que Washington fasse pression sur Israël en échange du respect du cessez-le-feu par le Hezbollah, dont M. Berri se portait « personnellement garant ».
Réactions internationales et inquiétudes
À quelques heures des pourparlers libano-israéliens prévus à Washington, le Conseil de sécurité de l'ONU a exprimé son alarme face à l'intensification des combats dans le sud du Liban. Il a préconisé le déploiement d'une force multinationale pour épauler l'armée libanaise dans sa mission de sécurisation de la région. De son côté, le chancelier allemand Friedrich Merz a appelé le Hezbollah à déposer les armes et Israël à faire preuve de retenue.
En revanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que « l'activité de l'armée à l'intérieur du Liban se poursuivra dans tous les cas », réitérant ses menaces contre la banlieue sud de Beyrouth. Cette position contredit directement les engagements annoncés par M. Trump.
Un cessez-le-feu incertain
Pour de nombreux observateurs libanais, la dynamique actuelle vise avant tout à contenir l'escalade et à épargner la capitale, tout en permettant aux négociations de se poursuivre. « La carte américaine est la meilleure à jouer au Liban », estiment certains. Mais pour Sami Halabi, analyste et cofondateur de l'Institut de politique alternative (Badil), « épargner Beyrouth, ou prétendre l'avoir fait, ne règle pas le problème. La poursuite du conflit dans le sud du Liban témoigne d'un jeu de pouvoir malsain entre les États-Unis, l'Iran et Israël, un jeu dont les Libanais paient encore une fois les frais ».