Les deux séismes qui ont frappé le Venezuela fin juin ont plongé le pays dans une crise humanitaire de grande ampleur, avec un nombre de victimes désormais supérieur à 3 000 morts, selon des bilans officiels. Si les autorités, menées par la présidente par intérim, défendent leur gestion de la catastrophe, la population exprime une colère croissante, notamment dans les zones les plus touchées comme l’État de La Guaira.
Des témoins et des sinistrés interrogés sur place décrivent des immeubles réduits en poussière, en particulier le complexe de logements OPPE 25, un projet emblématique de la « révolution bolivarienne ». Ce dernier, construit sous le mandat de l’ancien président Hugo Chávez, s’est effondré pendant le séisme, faisant de nombreuses victimes. « Dieu punit les politiciens », a confié un habitant de La Guaira, exprimant un sentiment partagé par plusieurs résidents qui estiment que la corruption et la négligence dans le secteur de la construction ont aggravé le désastre.
Les critiques se concentrent sur la lenteur des secours et le manque de transparence dans la distribution de l’aide humanitaire. Des familles déplacées, rassemblées dans des abris gérés par des agences des Nations unies, dénoncent une gestion politique de l’assistance. Dans un abri situé à Catia La Mar, des files d’attente s’allongent pour recevoir des colis de première nécessité, tandis que les autorités locales sont accusées de favoriser les partisans du gouvernement. « Ici, tout est politicien », a déclaré une mère de famille dont le logement a été détruit.
Une démocratisation repoussée par l’urgence
Ce bilan humain et matériel a eu un effet direct sur la vie politique du pays. Alors que des négociations étaient en cours entre le pouvoir et l’opposition pour organiser des élections libres, la priorité accordée à la reconstruction a mis en veilleuse les discussions sur un retour à la démocratie. Avant les secousses, un accord avait été évoqué pour permettre une transition pacifique après des années de tensions. Mais désormais, les partis politiques, tant du camp présidentiel que de l’opposition, se consacrent presque exclusivement à la gestion des conséquences des séismes. « La reconstruction a pris le pas sur tout le reste », a résumé un observateur.
Des infrastructures fragiles mises en cause
L’effondrement de nombreux bâtiments, notamment de logements sociaux, a relancé le débat sur la qualité des constructions réalisées sous les gouvernements successifs. Le projet OPPE 25, qui devait incarner les progrès sociaux du chavisme, est devenu un symbole de la vulnérabilité des infrastructures vénézuéliennes. Des ingénieurs et des experts en urbanisme interrogés après la catastrophe pointent du doigt l’absence de respect des normes parasismiques et la corruption dans les marchés publics. « Ces bâtiments n’auraient jamais dû s’effondrer », a affirmé un spécialiste.
La présidente par intérim sur la défensive
La présidente par intérim, qui assure la continuité de l’exécutif, a rejeté les accusations de mauvaise gestion. Elle a qualifié les critiques de « fabriquées en laboratoire » et a appelé à l’unité nationale pour faire face à ce qu’elle présente comme une tragédie naturelle imprévisible. Son gouvernement a mis en place un plan de reconstruction et promis des enquêtes sur les effondrements. Toutefois, sur le terrain, la frustration demeure. « Les politiciens parlent, mais nous, nous n’avons plus de maison », a lancé un survivant.
Une aide internationale limitée
La communauté internationale a promis une aide d’urgence, mais les fonds tardent à arriver sur le terrain. Les États-Unis, avec lesquels Caracas avait entamé un rapprochement diplomatique, ont débloqué une aide initiale, mais les conditionnalités politiques ralentissent les transferts. L’opposition vénézuélienne, tout en appelant à la solidarité, a accusé le gouvernement de vouloir instrumentaliser l’aide humanitaire pour renforcer son pouvoir, un grief que les autorités démentent catégoriquement.
Une reconstruction qui s’annonce longue
Alors que les secouristes continuent de fouiller les décombres des zones les plus sinistrées, notamment dans les États de La Guaira, de Miranda et de la capitale Caracas, les autorités chiffrent les besoins à plusieurs milliards de dollars. La reconstruction des logements, des routes et des écoles devrait prendre des années. Pendant ce temps, la population vit dans des abris de fortune ou chez des proches. Le bilan humain, lui, continue de s’alourdir, et le pays semble plus que jamais éloigné d’une sortie de crise, tant humanitaire que politique.