La sixième édition du sommet Choose France, qui s'est tenue au château de Versailles le 1er juin 2026, a été marquée par des annonces d'investissements sans précédent. Selon les chiffres officiels dévoilés par l'exécutif, les projets d'implantation et d'extension d'activités de groupes étrangers en France totalisent un montant record, confirmant une dynamique entamée depuis plusieurs années. Le président de la République, qui a reçu les dirigeants de grandes multinationales, a salué ce qu'il présente comme un signe de la confiance retrouvée des investisseurs internationaux dans l'économie française.
Une pluie d'annonces pour l'emploi
Parmi les annonces les plus notables figurent l'installation d'un centre de recherche et développement d'un géant américain des semi-conducteurs dans le sud de la France, la construction d'une gigafactory de batteries pour véhicules électriques par un consortium asiatique dans les Hauts-de-France, et le développement d'un pôle dédié à l'intelligence artificielle en région parisienne par une entreprise européenne de services numériques. Ces projets, cumulés à plusieurs dizaines d'autres, promettent la création de plusieurs milliers d'emplois directs et indirects sur le territoire.
« Les annonces faites aujourd'hui démontrent que la France est redevenue une terre d'accueil pour les capitaux étrangers », a déclaré le ministre de l'Économie lors de la clôture du sommet. Il a mis en avant les réformes structurelles menées depuis plusieurs années, comme la baisse de l'impôt sur les sociétés, la réforme du code du travail et le crédit d'impôt recherche, comme autant d'éléments ayant contribué à améliorer l'attractivité du pays.
Un « paradoxe » français pointé par les experts
Cependant, l'euphorie des annonces est tempérée par une analyse plus nuancée de la situation économique française. Dans un débat diffusé le 17 juin sur une chaîne d'information économique, des experts ont soulevé ce qu'ils qualifient de « paradoxe Choose France ». Ils soulignent que si les investissements étrangers augmentent, la dynamique du marché du travail intérieur reste préoccupante.
Le principal sujet de controverse est le phénomène de « smicardisation » de l'économie française. Plusieurs économistes observent que la création d'emplois en France se concentre de plus en plus autour des salaires proches du Smic, y compris dans les secteurs bénéficiant d'investissements étrangers. « Le piège, c'est que ces investissements créent des emplois, mais souvent des emplois peu qualifiés ou à faible valeur ajoutée, alors que les postes à haute qualification ou à forte productivité continuent d'être créés ailleurs », a expliqué un invité du débat.
Des créations d'emplois aux contours flous
Les analystes relèvent une déconnexion entre le nombre d'emplois annoncés par les investisseurs et la réalité de leur qualité. « On communque sur des milliers de postes, mais on ne dit pas assez que beaucoup de ces emplois sont soit des CDD, soit des emplois intérimaires, soit des postes à temps partiel subi », ajoute un autre participant. Cette situation alimente un sentiment de précarité chez une partie des salariés, qui paradoxalement pourraient bénéficier d'un marché de l'emploi en apparence dynamique.
Cette analyse rejoint des travaux académiques récents qui montrent que la France, malgré son regain d'attractivité pour les investissements directs étrangers, peine à créer des emplois à haute productivité et à forte rémunération. Le taux de marge des entreprises, qui s'est amélioré grâce aux baisses de charges, ne s'est pas traduit par une augmentation significative des salaires nets, renforçant le sentiment d'une économie qui crée de la valeur sans nécessairement améliorer le pouvoir d'achat des ménages.
Des voix discordantes
Certains économistes estiment toutefois que ce « paradoxe » est moins prononcé qu'il n'y paraît. « Les investissements étrangers dans les secteurs de pointe, comme les semi-conducteurs ou l'IA, créent des emplois très qualifiés et bien rémunérés, mais ces postes sont souvent pourvus par des ingénieurs et des cadres déjà en poste », tempère un expert. Il ajoute que les effets d'entraînement sur le reste du tissu économique local, notamment pour les sous-traitants et les services, peuvent créer des emplois plus précaires qui viennent gonfler les statistiques.
Le débat a également porté sur la capacité de la France à conserver ces talents. « Le vrai enjeu, c'est la formation et l'adéquation entre les besoins des investisseurs et les compétences disponibles sur le marché du travail français », a insisté un représentant d'une organisation patronale. Si la France parvient à former suffisamment de techniciens et d'ingénieurs dans les filières d'avenir, le « paradoxe » pourrait s'atténuer.
Un sommet sous le signe de la compétition internationale
Dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur mondiales et de compétition acharnée entre les grands pays européens et asiatiques, le sommet Choose France reste un signal fort envoyé aux investisseurs. Cependant, au-delà des annonces spectaculaires, c'est bien la capacité du pays à transformer ces investissements en emplois stables et bien rémunérés qui sera jugée à long terme. Le prochain rendez-vous, en 2027, devra montrer si les promesses d'aujourd'hui se sont concrétisées en emplois de qualité pour les Français.