Le sommet annuel Choose France, qui s'est tenu le 18 juin au château de Versailles, a donné lieu à des annonces record en matière d'investissements étrangers. Selon les chiffres communiqués par les organisateurs, le montant total des engagements atteint un niveau inédit, dépassant les éditions précédentes. Ces promesses, qui concernent des projets dans des secteurs variés comme l'intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou encore l'énergie, doivent en théorie renforcer la compétitivité du pays.
Mais ces annonces, pourtant spectaculaires sur le plan financier, ne convainquent pas entièrement sur le front de l'emploi. Plusieurs observateurs, dont des économistes et des représentants syndicaux, soulignent un « paradoxe » déjà soulevé lors d'éditions antérieures : l'afflux de capitaux ne se traduirait pas mécaniquement par des créations d'emplois massives en France. La raison principale, selon leurs analyses, tiendrait à la nature même des projets annoncés, souvent capitalistiques et fortement automatisés, qui généreraient comparativement peu de postes par rapport au volume d'investissement.
Un décalage entre les promesses et la réalité du marché du travail
Les données recueillies lors des précédents sommets alimentent ce scepticisme. Des études, notamment l'enquête annuelle de Business France, montrent que le taux de concrétisation des projets annoncés dans le cadre de Choose France est variable et que leur impact sur l'emploi est souvent inférieur aux prévisions initiales. Plusieurs entreprises, dans les secteurs de l'électronique ou du numérique, auraient privilégié des modèles d'organisation limitant le recrutement local en s'appuyant sur des équipes déjà existantes ailleurs ou en automatisant leurs chaînes de production.
Cette situation suscite des interrogations sur l'efficacité de la stratégie d'attractivité française. Un rapport parlementaire, publié en amont du sommet, pointait déjà que si la France est performante pour attirer des investissements dans la R&D et les centres de décision, elle l'est moins pour capter les maillons les plus créateurs d'emplois dans l'industrie de transformation. Le gouvernement, de son côté, défend ces annonces en mettant en avant leur effet d'entraînement sur l'écosystème local des sous-traitants, ainsi que leur contribution à la balance commerciale et à l'innovation.
La question de la main-d'œuvre qualifiée
Autre source de préoccupation soulevée lors de cette édition : la disponibilité des compétences nécessaires pour mener à bien ces projets. Plusieurs chefs d'entreprise présents au sommet ont discrètement évoqué les difficultés qu'ils rencontrent à recruter des profils techniques en France, un constat partagé par la plupart des fédérations professionnelles. Sans une politique de formation ambitieuse, craignent-ils, une partie de ces investissements pourrait être redirigée vers d'autres pays où la main-d'œuvre qualifiée est plus abondante ou moins coûteuse.
Face à ces critiques, la ministre du Travail a annoncé, en marge du sommet, le lancement d'une mission visant à évaluer « l'adéquation entre les formations existantes et les besoins des entreprises étrangères qui s'implantent en France ». L'objectif est d'identifier les points de blocage et de proposer des formations aux métiers en tension, notamment dans le numérique et la maintenance industrielle.
Un bilan global contrasté
Si le montant record des annonces flatte l'image de la France auprès des investisseurs internationaux, il ne saurait résumer à lui seul la politique d'attractivité. Le « paradoxe » de Choose France reste entier : le pays continue d'être l'une des destinations favorites pour les investissements en Europe, notamment dans les services et la high-tech, sans que cette dynamique ne profite pleinement au marché de l'emploi, en particulier pour les travailleurs peu qualifiés ou ceux affectés par les restructurations industrielles.
En attendant la concrétisation effective des promesses de cette édition 2026, le débat reste ouvert sur la nécessité de mieux orienter les investissements étrangers vers des secteurs et des projets qui créent davantage de valeur ajoutée et d'emplois pour le plus grand nombre.