Le Medef a fait savoir, ce mardi, qu'il rejetait avec force la proposition de loi des Écologistes instituant un « congé climatique » de cinq jours par an pour les travailleurs confrontés à des épisodes météorologiques extrêmes. Cette mesure, défendue par Marine Tondelier, prévoit des congés payés dès le déclenchement d'une alerte rouge ou orange – en s'inspirant du dispositif déjà en vigueur en Espagne depuis les inondations meurtrières de 2024.

Position du Medef

Dans un communiqué, la principale organisation patronale a dénoncé une « usine à gaz » qui « pénaliserait lourdement les entreprises, notamment les PME et TPE ». Le Medef estime que le coût pour les employeurs serait disproportionné et que le dispositif risquerait d'encourager l'absentéisme. Il a également souligné que « les entreprises sont déjà confrontées à des défis colossaux en matière d'adaptation au changement climatique » et qu'une telle obligation supplémentaire « nuirait à la compétitivité de l'économie française ».

« Nous ne pouvons pas accepter une mesure qui, sous couvert de protection des salariés, mettrait en péril des milliers de petites structures », a déclaré un porte-parole du Medef, interrogé par plusieurs médias. L'organisation réclame plutôt des « solutions concertées » entre partenaires sociaux, comme le recours accru au télétravail ou des aménagements horaires négociés par branche.

Proposition des Écologistes

Porté par Marine Tondelier, le texte des Écologistes prévoit un « congé climatique » de cinq jours ouvrés par an, cumulables entre les exercices, pour les salariés du privé comme du public, en cas d'alerte météorologique (canicule, inondation, tempête) classée rouge ou orange par Météo-France. Le dispositif serait financé par un fonds national, abondé par l'État et les entreprises, selon les premières esquisses. En Espagne, un système similaire a été mis en place après les inondations de 2024, permettant aux travailleurs de cesser leur activité sans perte de salaire lorsqu'une alerte est émise.

Réactions politiques

Le parti Les Écologistes a riposté en accusant le Medef de « bloquer toute avancée sociale au nom du profit ». Marine Tondelier a tweeté : « Le Medef préfère que les salariés risquent leur vie en allant travailler sous 40 °C que de leur accorder cinq jours de congé. C'est une honte. » Le député écologiste Benjamin Lucas a également dénoncé « le chantage à l'emploi » et appelé le gouvernement à « trancher en faveur des travailleurs et du climat ».

Du côté de la majorité présidentielle, les réactions sont plus réservées. Le ministre de la Transition écologique a estimé que « la question mérite un débat approfondi, mais pas dans l'urgence », tout en précisant que des « pistes alternatives » comme le télétravail obligatoire lors des alertes pourraient être explorées. La droite, via Les Républicains, s'est montrée plutôt hostile, jugeant la proposition « irréaliste et hors de prix ».

Contexte

Ce débat s'inscrit dans un été marqué par des records de chaleur et des catastrophes naturelles à répétition. Plusieurs syndicats (CGT, CFDT, FO) ont apporté leur soutien au principe d'un congé climatique, tout en demandant des garanties sur le financement et la non-substitution au droit commun aux intempéries. La proposition des Écologistes s'inspire directement du modèle espagnol, qui a fait ses preuves lors de l'épisode de pluies diluviennes de 2024 dans la région de Valence, où des centaines de personnes avaient trouvé la mort, dont plusieurs sur leur lieu de travail.

Vers une bataille parlementaire

La proposition de loi devrait être examinée à l'automne prochain à l'Assemblée nationale. Les Écologistes espèrent un vote favorable, mais la majorité relative de l'exécutif et l'opposition du Medef compliquent la tâche. Un rapport commandé par le gouvernement sur l'adaptation des travailleurs aux extrêmes climatiques est attendu pour octobre. En attendant, la pétition lancée par Les Écologistes mi-juin a déjà recueilli plus de 200 000 signatures.