La nouvelle majorité hongroise met en œuvre l'un des volets centraux de son programme de refonte de l'État : la reprise en main des médias publics. Ces derniers, façonnés durant les années Orbán, avaient été transformés en instruments de communication au service du pouvoir en place. Le gouvernement dirigé par Péter Magyar entend désormais inverser cette logique.
Une réorganisation en profondeur
Les premières mesures concrètes concernent la gouvernance des organes de presse audiovisuelle et écrite détenus par l'État. Les responsables nommés sous l'ancienne administration ont été remplacés, et une nouvelle structure de contrôle doit garantir la pluralité et l'indépendance des rédactions. Selon des informations officielles, ces changements visent à « rompre avec la captation partisane de l'information ». Le gouvernement a également annoncé un audit des finances et des pratiques éditoriales des médias concernés.
Cette opération s'inscrit dans le cadre plus large de ce que l'exécutif hongrois appelle le « démantèlement du système Orbán ». Durant ses douze années au pouvoir, Viktor Orbán avait progressivement centralisé les médias publics au sein d'une holding unique, placée sous le contrôle direct de son parti. Les journalistes critiques avaient été écartés, et les lignes éditoriales alignées sur la communication gouvernementale.
Un héritage controversé
L'ancien système médiatique hongrois avait été dénoncé à plusieurs reprises par les institutions européennes et les organisations de défense de la liberté de la presse. Dans ses rapports, la Commission européenne pointait une « concentration excessive » et un « manque de garanties d'indépendance ». La Hongrie occupait ainsi les derniers rangs du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.
Le projet de réforme actuel prévoit la dissolution de l'entité centralisée et la création d'un conseil de surveillance pluraliste, composé de représentants de la société civile, des partis d'opposition et des syndicats de journalistes. Un média d'État indépendant était un engagement de campagne majeur de Péter Magyar.
Des mesures qui suscitent des réactions
Si la volonté de réforme est saluée par une partie de l'opinion et par les observateurs internationaux, elle suscite également des interrogations. Certains craignent que la purge des anciens cadres ne se transforme en une simple substitution des fidèles d'Orbán par ceux de la nouvelle majorité. « Le diable se cache dans les détails », a confié un journaliste hongrois sous couvert d'anonymat. « L'indépendance se construit par des règles solides, pas seulement en changeant les visages. »
Le gouvernement assure de son côté que des procédures transparentes et des mandats non renouvelables empêcheront toute nouvelle dérive. Des auditions parlementaires sont prévues pour valider les nominations des futurs directeurs de rédaction.
Un test pour la démocratie hongroise
Au-delà des médias, cette reprise en main symbolise la volonté du nouveau pouvoir de démanteler les réseaux d'influence bâtis par Viktor Orbán. La refonte du paysage médiatique public est considérée comme un test de crédibilité pour un gouvernement qui promet de restaurer l'État de droit et les contre-pouvoirs. Les prochaines semaines diront si cette transition aboutira à un pluralisme réel ou si elle restera une promesse inachevée.