New York, 24 juin 2026 – La primaire démocrate pour le siège laissé vacant par le député Jerrold Nadler s’est achevée par une courte défaite du sortant Alex Bores, mais le scrutin a mis en lumière une nouvelle donne électorale : l’irruption massive des super PACs liés à l’intelligence artificielle et les effets paradoxaux de leurs campagnes agressives.
Alex Bores, ancien élu de l’État de New York et spécialiste de la régulation de l’IA, était donné favori pour remplacer M. Nadler dans une circonscription très prisée de Manhattan. Pourtant, il a été devancé par un autre candidat démocrate, Micah Lasher, qui a bénéficié du soutien du milliardaire Michael R. Bloomberg et d’un important réseau politique local. M. Lasher a lui-même reconnu, selon des proches, que les attaques extérieures contre M. Bores avaient paradoxalement renforcé sa campagne.
Des sommes colossales pour et contre un même candidat
L’enjeu de l’IA a polarisé la course dès l’automne 2025. Un super PAC nommé Leading the Future, doté de plus de 100 millions de dollars et financé par des acteurs de l’intelligence artificielle, avait ciblé Alex Bores avec des publicités négatives. En réaction, quatre autres super PACs, représentant des intérêts rivaux de l’IA, se sont mobilisés en sa faveur. Au total, près de 19 millions de dollars ont été dépensés pour soutenir M. Bores, contre environ 8 millions pour l’attaquer.
Le candidat lui-même avait choisi de se poser en victime de ces pressions. Dans un dîner d’anniversaire en novembre 2025, il avait appris que Leading the Future préparait des spots publicitaires hostiles. Plutôt que de rester prudent, il avait retravaillé la déclaration de son équipe pour y mettre une tonalité plus offensive, cherchant à faire de son combat un symbole de la résistance démocratique face aux géants de la technologie.
Un possible effet boomerang
Cette stratégie semble avoir partiellement fonctionné. L’argent dépensé par les super PACs a transformé la course locale en un test national sur l’influence de l’intelligence artificielle dans le processus électoral. Plusieurs analystes soulignent que l’opinion publique américaine est de plus en plus hostile à l’industrie de l’IA, perçue comme opaque et dominatrice. Les attaques de Leading the Future auraient ainsi renforcé la sympathie pour M. Bores, même chez des électeurs qui ne partageaient pas toutes ses positions.
M. Bores n’a finalement perdu que de justesse, un signe que la mobilisation d’argent n’a pas suffi à le faire basculer. Pour les stratèges démocrates, cette primaire devient un cas d’école : s’opposer ouvertement aux grandes entreprises de l’IA peut attirer des financements compensatoires et susciter un soutien populaire. À l’inverse, les acteurs de l’IA risquent de voir leurs propres campagnes se retourner contre leurs intérêts.
Quel avenir pour la régulation de l’IA ?
La question de la régulation de l’intelligence artificielle reste au cœur de la politique américaine. Alex Bores, qui avait travaillé sur des textes législatifs en la matière, incarnait une approche plus prudente face au développement effréné de la technologie. Sa défaite, bien que serrée, laisse planer une incertitude sur la capacité des régulateurs à équilibrer les pressions financières et les attentes citoyennes. Toutefois, la multiplication des super PACs pro-IA et anti-IA indique que le secteur est loin d’être monolithique : des factions rivales sont prêtes à investir massivement pour défendre ou contrer des candidats, créant un nouveau champ de bataille électoral.