La cour d’appel de Tunis a confirmé, mardi 23 juin, la peine de huit ans de prison infligée à Saadia Mosbah, militante antiraciste de premier plan en Tunisie. Cette décision judiciaire, annoncée par ses conseils, met un terme provisoire à une procédure entamée depuis plus de deux ans.
Saadia Mosbah, présidente et cofondatrice de l’association Mnemty (Mon rêve en arabe), dédiée à la lutte contre la discrimination raciale, avait été interpellée le 6 mai 2024. Les poursuites portaient sur des accusations de malversations financières et de constitution d’une entente criminelle en lien avec les activités de son organisation. Outre la peine privative de liberté, une amende de 30 000 euros a été prononcée.
Une répression dénoncée par les organisations de défense des droits
Amnesty International a immédiatement réagi en dénonçant des « accusations infondées » et en appelant à la libération de la militante. L’organisation estime que ces charges sont utilisées pour faire taire une voix critique dans un contexte de rétrécissement de l’espace civique en Tunisie. Plusieurs autres associations de défense des droits humains ont également exprimé leur solidarité avec Saadia Mosbah et exigé l’annulation du verdict.
Un parcours marqué par le combat contre le racisme
Saadia Mosbah s’est fait connaître par son engagement contre les discriminations subies par les populations noires en Tunisie. Mnemty, l’association qu’elle a fondée, mène des actions de sensibilisation, d’accompagnement juridique et de plaidoyer pour l’adoption d’une loi criminalisant le racisme. Ce travail lui a valu une reconnaissance internationale, mais aussi des inimitiés au sein de certains cercles conservateurs.
Le procès dans le viseur de la société civile
Le verdict d’appel intervient après une première condamnation prononcée en première instance. La confirmation de la peine a suscité une vague d’indignation parmi les militants des droits civiques, qui y voient une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. La défense de Saadia Mosbah a indiqué étudier les voies de recours possibles, notamment un pourvoi en cassation.
Un contexte politique tendu
Cette affaire s’inscrit dans un climat de durcissement du pouvoir tunisien à l’égard des opposants et des acteurs de la société civile. Depuis plusieurs années, des figures associatives, des journalistes et des hommes politiques sont poursuivis ou incarcérés. Les observateurs pointent une dégradation des libertés publiques et une concentration des pouvoirs.
La détention de Saadia Mosbah, figure emblématique de l’antiracisme, risque d’alimenter les critiques internationales contre le gouvernement tunisien. Plusieurs ambassades et organisations multilatérales suivent le dossier avec attention.