La verrerie Duralex, symbole du Made in France, a officiellement demandé son placement en redressement judiciaire lundi 1er juin lors d'une audience au tribunal de commerce. Une période d'observation de six mois a été accordée pour tenter de trouver une solution face à des « tensions de trésorerie » que la direction actuelle impute à une hausse des stocks sur janvier et février 2026, à des ruptures d'approvisionnement sur des lignes de produits emblématiques, et à l'augmentation continue du coût des matières premières et de l'énergie en début d'année.
Ce nouveau dépôt de bilan, le cinquième en deux décennies, intervient à peine deux ans après une reprise par ses salariés sous forme de Société coopérative et participative (Scop). En juillet 2024, 144 salariés (60 % de l'effectif) étaient entrés au capital de Duralex Scop SA, chaque associé disposant d'une voix lors des assemblées générales, quel que soit le nombre de parts détenues. Ce modèle, salué comme un exemple d'économie sociale et solidaire, avait suscité un large engouement médiatique et populaire, mais il est aujourd'hui vivement critiqué par les observateurs du dossier.
« Dans ce genre de dossier, on voit bien aujourd'hui que ce n'est pas l'alpha et l'oméga pour sauver des entreprises », commente une source proche du suivi. La Scop avait été préférée à d'autres offres de reprise qui prévoyaient des licenciements. L'ancien directeur général, François Marciano, évincé de la direction en avril dernier, jugeait pour sa part qu'avec un effectif de 230 salariés, l'usine « a la peau sur les os » et qu'il eût fallu « 300 personnes pour qu'elle soit efficace ». Après le passage en coopérative, l'entreprise avait même embauché, passant de 226 à 243 salariés.
Le financement initial s'est avéré insuffisant pour assurer la pérennité d'une structure industrielle de cette taille. Selon les informations recueillies, le plan de relance nécessitait 15 millions d'euros, mais la Scop n'a pu réunir que 9,3 millions, faute de soutiens financiers suffisants. À l'automne 2025, une campagne de financement participatif via la plateforme Lita a permis de collecter 5 millions d'euros auprès de 8 700 personnes, avec un ticket moyen de 300 euros et un plafond réglementaire de 1 000 euros par investisseur. Si la direction actuelle affiche une croissance de 7 % du chiffre d'affaires, celui-ci n'atteignait que 30 millions d'euros fin 2025, bien loin des 35 millions jugés nécessaires à l'équilibre pour 2026 ou 2027.
La gestion de François Marciano et de son fils, nommé directeur administratif et financier, est aujourd'hui dans le viseur. Après des alertes en mars, Bercy a commandé un audit financier indépendant. Le ministère de l'Industrie qualifie la situation de « très tendue » et précise que « les points réguliers deviennent obsolètes tous les quinze jours », tant l'évolution est rapide. Une audience au tribunal est d'ores et déjà prévue le 2 juillet prochain pour établir un diagnostic de la trésorerie et décider des suites à donner à la période d'observation.
L'hypothèse d'une malversation financière n'est pas privilégiée à ce stade. L'analyse dominante pointe plutôt une gestion industrielle et commerciale défaillante, aggravée par un sous-financement chronique. La direction actuelle, quant à elle, mise sur un repositionnement vers des gammes haut de gamme, dont les effets ne sont attendus qu'à l'horizon 2027.
Duralex, fondée en 1945 comme filiale verrière de Saint-Gobain, est implantée à La Chapelle-Saint-Mesmin, dans le Loiret. Elle a employé jusqu'à 1 500 personnes et demeure une marque iconique de la vaisselle française. Mais les difficultés industrielles et financières s'enchaînent : ce cinquième redressement judiciaire en vingt ans interroge sur la viabilité du modèle coopératif pour une entreprise de cette envergure, surtout lorsqu'elle doit affronter une concurrence internationale accrue et des coûts de production élevés.