Le fabricant historique de verre trempé Duralex, connu dans le monde entier pour ses bols et ses verres incassables, a été officiellement placé en redressement judiciaire. La décision a été rendue par le tribunal de commerce de Paris, qui a ouvert une période d’observation de plusieurs mois. La direction de l’entreprise, basée à La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret), justifie cette procédure par des « tensions de trésorerie » persistantes, qui ont fini par rendre impossible la poursuite normale de l’activité sans protection juridique.
Une procédure engagée pour trouver un repreneur
Selon des sources concordantes, le dépôt de bilan était envisagé depuis plusieurs semaines. La direction a officiellement sollicité l’ouverture du redressement judiciaire afin de geler le passif et de se donner le temps de négocier une reprise. L’objectif affiché est de trouver un acquéreur capable de pérenniser l’outil industriel et de préserver l’emploi. Les candidats à la reprise ont jusqu’à la fin de l’été pour déposer une offre auprès du tribunal.
L’entreprise, qui compte environ 230 salariés, avait déjà connu un premier plan de sauvegarde en 2021, après son rachat par le groupe international Pyrex. Ce dernier, fragilisé par la hausse des coûts de l’énergie et la baisse de la consommation des ménages, n’a pas été en mesure de recapitaliser durablement la filiale française. En 2024, l’usine avait déjà dû recourir à du chômage partiel pour faire face à la chute des commandes.
Un symbole industriel français en danger
Créée en 1939, la société Duralex est devenue un symbole de la verrerie française, présente dans les cantines, les restaurants et les foyers. La marque, propriété du groupe Pyrex, a vu ses ventes s’éroder ces dernières années, concurrencée par des produits low cost asiatiques et pénalisée par la flambée des prix du gaz, essentiel au fonctionnement des fours.
Le tribunal de commerce devrait nommer un administrateur judiciaire dans les prochains jours pour superviser la période d’observation. Il appartiendra à ce dernier d’évaluer les offres de reprise et de les soumettre à la validation des juges consulaires. Les syndicats, de leur côté, ont exprimé leur inquiétude quant à l’avenir des effectifs et demandent des garanties sur le maintien de l’activité sur le site historique de La Chapelle-Saint-Mesmin.
Un contexte économique difficile pour le secteur
L’industrie verrière française traverse une zone de fortes turbulences. Duralex rejoint ainsi une liste déjà longue de fleurons de l’art de la table en difficulté. La filière subit de plein fouet la hausse du coût de l’énergie, la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs et la concurrence des importations. Plusieurs experts estiment que seules les entreprises ayant engagé une transformation énergétique ou un repositionnement haut de gamme parviennent à survivre dans ce climat.
Le gouvernement, interrogé sur le dossier, a fait savoir qu’il suivait la situation avec « la plus grande attention » et espère qu’un repreneur solide pourra émerger. Aucune aide publique spécifique n’a été annoncée à ce stade, au-delà des dispositifs de droit commun pour les entreprises en procédure collective.
Prochaines échéances
La période d’observation, qui court généralement sur six mois, est renouvelable une fois. Les salariés seront maintenus dans leur emploi pendant cette phase, l’activité de l’usine devant se poursuivre normalement. Les prochaines semaines seront décisives, avec l’audition des repreneurs potentiels par le tribunal. D’ici la fin de l’été, une décision devra être rendue sur l’avenir du site et de ses 230 employés.