Alors que l'épidémie d'Ebola s'aggrave en République démocratique du Congo, une voix autorisée vient de s'élever pour tirer la sonnette d'alarme. Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix et médecin réputé, a lancé un appel pressant à toutes les parties impliquées dans le conflit congolais pour qu'elles acceptent un cessez-le-feu immédiat. Dans une tribune rendue publique, il avertit que cette nouvelle flambée pourrait dépasser en létalité toutes celles qui l'ont précédée.

Un appel à la trêve sanitaire\nMukwege, qui a consacré sa vie à soigner les victimes de violences sexuelles dans l'est de la RDC, estime que la propagation du virus est fortement aggravée par les combats qui déchirent la région. « Cette nouvelle épidémie d'Ebola pourrait devenir la plus meurtrière jamais enregistrée », écrit-il, soulignant que les infrastructures sanitaires sont déjà fragilisées par des années de guerre. Il exhorte les belligérants à mettre en œuvre un cessez-le-feu sanitaire afin que les équipes médicales puissent vacciner, isoler les malades et enterrer dignement les défunts sans risque d'être attaquées.

Un contexte dramatique\nLe virus Ebola se propage actuellement sur les ruines de la guerre, selon les termes du praticien. Les déplacements massifs de populations, l'insécurité et le manque d'accès aux soins transforment chaque foyer en potentiel vecteur de contamination. L'Organisation mondiale de la santé avait déjà, ces dernières semaines, qualifié la situation d'« extrêmement grave » et appelé les pays voisins à renforcer leur surveillance. L'intervention de Mukwege ajoute une dimension politique à la crise, en liant explicitement la lutte contre l'épidémie à la nécessité de paix.

Un plaidoyer pour l'action internationale\nLe Prix Nobel ne se contente pas d'alerter : il appelle la communauté internationale à peser de tout son poids pour obtenir une trêve. Il rappelle que, sans accès humanitaire, les mesures de contrôle du virus sont vouées à l'échec. « Nous avons les moyens de stopper cette épidémie, mais seulement si nous parvenons à arrêter les armes », insiste-t-il. Son message intervient alors que les autorités congolaises et les agences onusiennes peinent à endiguer la propagation, faute de sécurité sur le terrain.

Des conséquences potentiellement catastrophiques\nSi les combats ne cessent pas, prévient Mukwege, le virus pourrait se répandre bien au-delà des zones actuelles et atteindre des centres urbains densément peuplés. L'expérience des épidémies précédentes montre que chaque jour perdu dans la réponse sanitaire se traduit par des centaines de morts supplémentaires. Le médecin congolais conclut en lançant un appel direct aux chefs de guerre : « Faites taire les armes. Laissez-nous sauver des vies. »