Alors que l'épidémie d'Ebola déclarée mi-mai en République démocratique du Congo (RDC) vient de franchir le cap des 2 000 cas confirmés et des 750 décès, les organisations sanitaires internationales multiplient les mises en garde. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et Médecins sans frontières (MSF) estiment que les données publiques sous-estiment très largement l'ampleur réelle de la flambée.
Une sous-estimation massive des cas
Interrogée lors d'un point de presse le 14 juillet, la direction du programme de gestion des situations d'urgence sanitaire de l'OMS a indiqué que l'étendue de l'épidémie pourrait être « de deux à quatre fois » supérieure aux bilans officiels. Le même constat a été formulé deux jours plus tard par le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui a qualifié la situation de « plus grande préoccupation ».
Les chiffres communiqués par les autorités congolaises au 15 juillet font état de 719 morts et 1 963 contaminations, tandis que d'autres sources, au 17 juillet, avancent 796 décès pour 2 073 cas. MSF a confirmé qu'« en moins de cinq semaines, le nombre de cas confirmés a triplé », une progression inédite.
Une souche rare et particulièrement agressive
Cette 17e épidémie congolaise, provoquée par la souche Bundibugyo, se distingue par sa rapidité de propagation. « Il s'agit désormais de la troisième plus importante épidémie d'Ebola jamais enregistrée, et celle qui connaît la progression la plus rapide en un seul mois », a souligné Chikwe Ihekweazu, responsable des urgences sanitaires à l'OMS. À titre de comparaison, l'épidémie de 2018, qui avait ravagé l'est du pays, avait mis plus de dix mois pour atteindre le seuil des 2 000 cas.
Le foyer initial se situe dans la province de l'Ituri, à la frontière du Soudan du Sud et de l'Ouganda. Le virus s'est depuis étendu à quatre autres provinces congolaises, et vingt cas ont également été signalés en Ouganda voisin. L'insécurité persistante dans la région complique considérablement la riposte.
Des chaînes de transmission qui échappent au suivi
Tedros Adhanom Ghebreyesus a alerté sur le fait que « plus de 80 % des nouveaux cas sont détectés en dehors des listes de contacts connus », ce qui suggère que « des chaînes de transmission continuent d'échapper à la surveillance ». Autre indicateur inquiétant : environ deux tiers des décès surviennent au sein des communautés, chez des personnes qui n'ont jamais été prises en charge dans un établissement de santé.
Face à cette situation, les capacités de riposte ont été renforcées. Le nombre de lits disponibles pour les malades dépasse désormais les 800, le nombre de laboratoires est passé de un à soixante, et le taux de suivi des cas contacts approche les 80 %. Toutefois, comme l'a résumé MSF, « malgré les progrès accomplis, l'épidémie continue de devancer les efforts de riposte ».
En quête d'un traitement
Aucun vaccin ni traitement spécifique n'existe actuellement contre la souche Bundibugyo. L'OMS a annoncé le lancement d'essais cliniques portant sur deux candidats vaccins et un antiviral post-exposition. L'Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa, l'agence française ANRS MIE et l'ONG Alima doivent prochainement débuter un essai clinique de prophylaxie post-exposition (PPE).
Sur le terrain, des soignants du centre de traitement de Rwampara, localité particulièrement touchée en Ituri, dénoncent leurs conditions de travail et des salaires impayés, une situation qui pourrait encore entraver la lutte contre le virus.
Un risque régional désormais avéré
L'OMS avait déclaré l'urgence de santé publique de portée internationale dès le 17 mai. Les autorités sanitaires craignent désormais que l'épidémie ne s'installe durablement dans la région des Grands Lacs, où les mouvements de population et les tensions armées créent un terrain propice à la propagation du virus.