Un appel à la mobilisation de tous les citoyens
Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a lancé un appel pressant à la coopération des communautés pour endiguer la flambée d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC). « Nous pouvons stopper cet Ebola et toute personne qui en est atteinte peut aussi guérir. Mais la règle est que cette affaire est l'affaire de tous et que chaque citoyen doit s'impliquer », a-t-il déclaré dimanche 31 mai 2026, lors de l'inauguration d'un centre de traitement à Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri, épicentre de l'épidémie.
Cette intervention survient dans un contexte de tensions locales. Certains habitants expriment leur mécontentement face aux règles sanitaires strictes imposées pour la manipulation des corps des défunts, qu'ils jugent contraires aux rites funéraires traditionnels. Ce sentiment de défiance a déjà été associé à au moins trois attaques contre des centres de santé dans la région.
Des protestations liées aux rites funéraires
Les protocoles en vigueur visent à prévenir la contamination par le virus Ebola, hautement contagieux, notamment lors des contacts avec les dépouilles. Cependant, ces mesures heurtent les pratiques coutumières locales, où les familles souhaitent préparer et veiller leurs morts selon des usages ancestraux. Les autorités sanitaires peinent à concilier impératifs médicaux et respect des traditions, un équilibre pourtant crucial pour gagner la confiance des populations et faciliter l'accès des équipes médicales aux zones touchées.
Une épidémie déjà meurtrière
L'actuelle épidémie d'Ebola en RDC, la onzième que connaît le pays, a déjà fait plusieurs dizaines de victimes. L'OMS avait récemment qualifié le taux de létalité de « très élevé », le situant entre 30 et 50 %. Le chef de l'organisation était arrivé à Kinshasa quelques jours plus tôt, le 29 mai, avant de se rendre dans les provinces affectées. Sa présence sur le terrain vise à renforcer la coordination de la réponse internationale et nationale, et à encourager les partenaires locaux à intensifier les opérations de vaccination et de dépistage.
Le contexte sécuritaire complique la riposte
La province de l'Ituri, dans l'est de la RDC, est également en proie à des violences armées. Des groupes rebelles y sont actifs, ce qui entrave les déplacements des équipes humanitaires et limite l'accès aux populations isolées. Le gouverneur militaire de la province a récemment appelé à un cessez-le-feu pour permettre aux soignants de travailler en sécurité, mais la situation reste volatile. Les attaques contre les infrastructures sanitaires, qu'elles soient le fait d'opposants aux mesures médicales ou de groupes armés, constituent un obstacle supplémentaire à l'endiguement de l'épidémie.
L'urgence d'une approche inclusive
Pour Tedros Adhanom Ghebreyesus, la réponse ne peut réussir sans l'adhésion des communautés. « Tout citoyen doit être impliqué », a-t-il insisté, appelant les autorités locales, les chefs traditionnels et les leaders religieux à jouer un rôle actif dans la sensibilisation. L'OMS mise sur une stratégie combinant soins médicaux, campagnes d'information et dialogue avec les populations pour apaiser les craintes et éviter de nouvelles violences. La mise en place de protocoles d'inhumation sécurisée, tout en ménageant une place aux rites, est présentée comme une piste de travail.
Un bilan encore provisoire
Les autorités sanitaires continuent de recenser les cas et les décès. Les chiffres exacts évoluent au fil des jours, mais l'OMS insiste sur la nécessité d'une transparence totale et d'une communication régulière pour maintenir la confiance. La coopération transfrontalière est également cruciale, car le virus ne connaît pas de frontières : plusieurs pays voisins ont déjà renforcé leur surveillance aux points d'entrée.
Conclusion
Alors que le chef de l'OMS achève sa visite dans l'est de la RDC, l'urgence reste entière. Surmonter la défiance, assurer la sécurité des personnels soignants et respecter les sensibilités culturelles sont autant de défis immédiats. La communauté internationale observe avec attention l'évolution de la situation, tandis que les autorités congolaises et l'OMS tentent d'éviter une propagation plus large de l'épidémie.