Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé à une trêve immédiate dans l’est de la République démocratique du Congo pour permettre aux équipes médicales de lutter efficacement contre la flambée épidémique d’Ebola. Arrivé le 28 mai à Kinshasa, il s’est rendu le lendemain dans la province de l’Ituri, foyer de la maladie, où il a affirmé que l’épidémie « peut être stoppée ».

« C’est une collision catastrophique entre la maladie et le conflit. L’épidémie d’Ebola dans l’Ituri dépasse la capacité de réponse », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux avant son départ. Le chef de l’OMS a lancé un appel direct aux parties belligérantes : « S’il vous plaît, déclarez un cessez-le-feu ; aucune cause, aucun conflit, aucun grief ne justifie de condamner des innocents à mourir d’une maladie évitable. »

Des chiffres qui pourraient sous-estimer l’ampleur réelle

Selon les dernières données de l’OMS datées du 24 mai, l’épidémie déclarée officiellement le 15 mai a déjà causé 10 décès confirmés et 223 décès suspects, pour plus de 1 000 cas suspects ou confirmés dans le pays. À ces chiffres s’ajoutent sept cas confirmés et un décès en Ouganda voisin. L’organisation a prévenu que la propagation réelle est probablement plus large, la circulation du virus ayant pu passer inaperçue pendant plusieurs semaines.

Interrogé sur l’origine de l’épidémie, Tedros a indiqué qu’elle « a pu commencer dès le mois de janvier », ce qui aurait donné au virus « une longueur d’avance considérable ». Il a souligné que la réponse internationale « rattrape son retard », mais que l’absence de confiance des populations et le faible niveau de recherche des contacts constituent des obstacles préoccupants.

Défiance communautaire et violences

La méfiance envers les intervenants sanitaires alimente les tensions. Des incidents ont été signalés, notamment l’incendie d’une tente d’isolement par des « personnes non identifiées » à Mongbwalu, dans l’Ituri. Les rites funéraires, vecteurs majeurs de transmission du virus en raison du contact avec les défunts, sont au cœur des réticences : les équipes humanitaires peinent à obtenir l’acceptation des protocoles de sépulture sécurisée.

L’est de la RDC est miné par la présence de nombreux groupes armés, dont le M23 soutenu par le Rwanda, actif depuis 2021. L’insécurité complique l’acheminement de l’aide et la mise en place des centres de traitement. « Le conflit et les déplacements rendent tout plus difficile », a résumé Tedros.

Un vaccin attendu d’ici la fin de l’année

La souche responsable de cette épidémie, le virus Bundibugyo, ne dispose pour l’heure d’aucun vaccin ni traitement autorisé. Mais un espoir se profile. Le directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), Jean Kaseya, a annoncé le 28 mai en conférence de presse que « d’ici la fin de l’année 2026, Africa CDC veillera à ce que nous ayons un vaccin et un médicament contre le Bundibugyo ». Il a précisé que les dirigeants africains sont « prêts à investir » pour y parvenir.

Aide humanitaire et réactions internationales

Sur le terrain, l’OMS a fait état de l’arrivée de 4,6 tonnes de matériel à l’aéroport de Bunia, chef-lieu de l’Ituri. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) a annoncé l’envoi de 100 tonnes d’approvisionnements.

À l’étranger, les mesures se multiplient. L’Ouganda, qui a enregistré un décès confirmé, a fermé sa frontière avec la RDC avec effet immédiat. Les États-Unis ont indiqué qu’ils n’autoriseront l’entrée sur leur territoire à aucune personne infectée par le virus ; l’administration américaine travaille par ailleurs à l’ouverture d’une installation de soins pour les citoyens américains contaminés, située au Kenya.

Tedros, de son côté, a réaffirmé que l’OMS ne soutient pas les interdictions de voyager généralisées, jugeant qu’elles « n’aident pas beaucoup ».