Un navire de 400 mètres de long, capable d'emporter l'équivalent de plus de 20 000 conteneurs standards, vient d'entamer sa carrière sous pavillon français. Le « Notre-Dame », premier d'une série de dix unités commandées par l'armateur CMA CGM, a accosté lundi dans le port du Havre. Sa construction s'est achevée quelques semaines plus tôt dans un immense chantier naval chinois, sur les bords du Yangtsé, près de Shanghai.
Ce site, où travaillent plusieurs milliers d'ouvriers, produit les plus gros porte-conteneurs jamais construits pour le pavillon français. Les cales sèches peuvent accueillir simultanément plusieurs coques géantes, dont les dimensions interdisent une vue d'ensemble depuis le sol. Les grues, hautes de plusieurs dizaines de mètres, manipulent des blocs d'acier de plusieurs centaines de tonnes. L'assemblage se fait par tranches, soudées les unes aux autres sur des lignes de production qui s'étirent sur plus d'un kilomètre.
Des navires plus grands et plus sobres
Le « Notre-Dame » et ses futurs sisterships sont conçus pour transporter davantage de marchandises tout en réduisant leur empreinte environnementale. Ils sont équipés de moteurs bicarburant fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui leur permet d'abaisser leurs émissions de dioxyde de soufre et de particules fines par rapport à une propulsion au fioul lourd. « Plus grands, plus propres, plus performants », résume la direction de CMA CGM pour décrire cette génération de navires.
Chaque unité nécessite environ deux ans de travail, depuis la découpe des tôles jusqu'aux essais en mer. La cadence de livraison prévoit l'achèvement d'un navire tous les trois à quatre mois. Le chantier naval chinois, l'un des plus importants au monde, applique des méthodes industrialisées : les pièces sont préfabriquées dans des ateliers couverts avant d'être transportées vers la cale sèche. La main-d'œuvre, composée majoritairement d'ouvriers qualifiés, travaille en continu sur plusieurs postes.
Un pavillon français pour des routes mondiales
Bien que construits en Chine, ces navires battent le pavillon tricolore et sont immatriculés au registre international français. CMA CGM a fait le choix de cette procédure pour des raisons commerciales et de flexibilité opérationnelle. Le recours au chantier asiatique s'explique par la capacité de production locale et les coûts de construction, dans un secteur où la concurrence est mondiale.
Le « Notre-Dame » naviguera principalement sur les liaisons entre l'Asie et l'Europe. Sa taille lui permet de desservir les grands ports capables d'accueillir des navires de cette ampleur, comme Le Havre, Rotterdam ou Hambourg. Le port normand, qui se prépare à recevoir régulièrement ces géants, a renforcé ses infrastructures pour les accueillir, notamment avec de nouveaux quais et des grues surdimensionnées.
Un baptême attendu au Havre
Une cérémonie de baptême est prévue le 2 juillet au Havre. Le navire portera le nom de la cathédrale parisienne, en hommage au patrimoine religieux français. Ce choix s'inscrit dans la tradition de CMA CGM de donner à ses unités les noms de monuments ou de sites emblématiques.
La série de dix navires représente un investissement de plusieurs milliards d'euros pour l'armateur marseillais, qui entend conforter sa place parmi les leaders mondiaux du transport maritime de conteneurs. Le groupe fondé par Rodolphe Saadé mise sur la croissance du commerce international et sur la modernisation de sa flotte pour répondre aux nouvelles normes environnementales.
Un chantier qui illustre la mondialisation industrielle
La coopération entre un donneur d'ordre français et un constructeur chinois illustre la division internationale du travail dans le secteur naval. Si la conception et le pilotage des navires restent en France, leur fabrication en Chine permet de bénéficier de coûts compétitifs et de délais de livraison serrés. Les pièces d'équipement (moteurs, systèmes de navigation, aménagements intérieurs) proviennent de fournisseurs européens et asiatiques, assemblés sur le site chinois.
Les ouvriers du chantier travaillent dans des conditions strictes, encadrés par des normes de sécurité internationales. Les visites menées par les équipes de CMA CGM vérifient la conformité des soudures, la qualité des peintures anticorrosion et le bon fonctionnement des installations. Chaque navire subit une batterie de tests avant de prendre la mer.
Avec ses 400 mètres de long et ses 61 mètres de large, le « Notre-Dame » est désormais le plus grand porte-conteneurs battant pavillon français. Sa mise en service marque une étape dans la stratégie de CMA CGM, qui vise à accroître sa capacité tout en limitant son impact environnemental. Les neuf navires suivants, actuellement en construction, suivront le même chemin : ils quitteront le Yangtsé pour rejoindre les routes maritimes mondiales, arborant le tricolore.