Les forêts françaises subissent une saison des feux particulièrement ravageuse. Selon les éléments communiqués ce mardi 21 juillet par la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, environ 40 000 hectares de végétation sont déjà partis en fumée depuis janvier, un bilan supérieur à celui de l’année 2025 dans son intégralité, alors que le mois de juillet n’est pas achevé. De nouveaux sinistres continuent d’être signalés dans les Hautes-Alpes, le Var et la Corse, alimentés par la chaleur et les vents.
C’est dans ce contexte que la ministre a réuni acteurs du secteur forestier, collectivités territoriales et organisations non gouvernementales pour une séance de travail consacrée à la résilience des massifs. Elle a rappelé les 100 millions d’euros déjà engagés en 2026 au titre de la planification écologique pour la forêt, ainsi que la hausse de 20 millions d’euros du budget de l’Office national des forêts (ONF) dédiée à la lutte contre les incendies depuis 2023. « Pour construire la forêt de demain, nous avons besoin de moyens conséquents. Chaque hectare de forêt à restaurer coûte entre 5 000 et 10 000 euros », a-t-elle déclaré.
Une start-up d’État pour fédérer les financements
L’annonce principale est la création de « France Forêt 2100 », une start-up d’État placée sous l’autorité du ministère de la Transition écologique. Cette structure a pour mission de mettre en relation des porteurs de projets de restauration, de renouvellement ou d’adaptation forestière avec des investisseurs. Le gouvernement entend ainsi mobiliser des capitaux privés pour compléter l’effort public.
Côté financements privés, les travaux de révision du label bas-carbone se poursuivront afin de mieux profiter aux forêts. Parallèlement, des « crédits biodiversités » devraient voir le jour, calqués sur le modèle des crédits carbone, pour rémunérer les services écosystémiques rendus par les massifs. En outre, l’exécutif a annoncé son intention de demander que la prochaine édition du Loto de la biodiversité, organisé par la Française des jeux et l’Office français de la biodiversité (OFB), soit entièrement consacrée à la forêt.
Recentrage des aides publiques
Pour ce qui est de l’argent public, la ministre a promis un renforcement des moyens à partir de 2027 avec la création d’un programme budgétaire dédié. Dans le cadre du fonds vert, qu’elle souhaite porter à un milliard d’euros en 2027 (contre 837 millions cette année et 2,5 milliards en 2024), 100 millions d’euros seront spécifiquement fléchés vers l’adaptation des forêts au changement climatique.
Le gouvernement a également décidé d’ouvrir les aides au reboisement aux parcelles frappées par le nématode des pins, un parasite qui sévit particulièrement dans le Sud-Ouest. Par ailleurs, les critères d’éligibilité aux subventions publiques sont resserrés : les parcelles devront désormais présenter un taux de dépérissement d’au moins 40 %. L’ONG Canopée dénonçait auparavant des conditions trop larges, qui favorisaient selon elle les « coupes rases » et le reboisement dans des forêts pourtant en bonne santé.
Un appel à l’accélération
Face à l’urgence, Monique Barbut a appelé à « accélérer cette mobilisation ». Les mesures annoncées visent à financer des massifs plus résistants aux épisodes caniculaires récurrents. Le risque d’incendie touche désormais l’ensemble du territoire hexagonal, y compris des zones traditionnellement épargnées comme la forêt de Fontainebleau, touchée par des feux d’ampleur en ce début d’été.
L’annonce intervient alors que les critiques se multiplient sur le manque de moyens aériens déployés pour combattre les flammes. Le gouvernement mise sur une combinaison de financements publics et privés pour adapter la forêt française aux aléas climatiques et enrayer la spirale des destructions.