La justice britannique a franchi une étape judiciaire inédite dans la lutte contre la flotte fantôme russe. Ajay Pant, capitaine de 38 ans de nationalité indienne, a été inculpé ce lundi 15 juin pour avoir enfreint les sanctions internationales en transportant du pétrole en provenance de Russie. L'annonce émane de l'Agence nationale de lutte contre la criminalité (NCA), qui précise que cette décision fait suite à l'examen du dossier par le parquet britannique.
Le navire concerné, le Smyrtos, battant pavillon camerounais mais considéré comme « apatride » par les autorités de Londres, avait été intercepté quelques jours plus tôt dans la Manche lors d'une opération spectaculaire menée par les Royal Marines. Des images diffusées par le ministère britannique de la Défense montrent des commandos descendant en rappel d'un hélicoptère dans l'obscurité pour prendre le contrôle du pétrolier. Il s'agit de la première intervention de ce type conduite par le Royaume-Uni.
Les chefs d'accusation et la procédure
Selon le communiqué officiel, Ajay Pant est poursuivi pour avoir « fourni ou livré, directement ou indirectement, par voie maritime, du pétrole ou des produits pétroliers interdits en provenance de Russie à un pays tiers ». Le suspect doit comparaître mardi devant le tribunal de première instance de Southampton, dans le sud de l'Angleterre.
Parallèlement, la ministre britannique des Transports, Heidi Alexander, a ordonné l'immobilisation du Smyrtos, lui interdisant formellement de quitter les eaux territoriales du Royaume-Uni. Le pétrolier reste ancré au large de Weymouth, dans le Dorset, tandis que les 24 membres d'équipage — originaires de Géorgie et d'Inde — demeurent à bord.
Un navire lié à la flotte parallèle russe
D'après les données de suivi maritime, le Smyrtos avait appareillé du port russe d'Oust-Louga le 5 juin, à destination de Port-Saïd en Égypte. Comme de nombreux bâtiments suspectés d'appartenir à la flotte parallèle de Moscou, il s'agit d'un pétrolier vieillissant, à la propriété opaque et à l'assurance douteuse, interdit d'accès aux ports et services britanniques.
L'interception et l'inculpation qui s'ensuit ont été saluées par Kiev et Londres comme un coup porté à la machine de guerre russe. Depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, le Royaume-Uni a sanctionné des centaines de navires utilisés par la Russie pour contourner les embargos occidentaux. En mars dernier, le gouvernement britannique avait déjà annoncé que ses forces armées seraient autorisées à arraisonner et saisir ces navires.
Cette politique s'inscrit dans un contexte plus large de durcissement européen : la France, la Belgique, la Finlande et d'autres pays ont également procédé à des arraisonnements de navires suspectés d'appartenir à cette flotte fantôme, intensifiant la pression sur les circuits d'exportation illicites du pétrole russe.