Le parquet britannique a inculpé le capitaine indien du pétrolier Smyrtos, soupçonné de faire partie de la flotte fantôme utilisée par la Russie pour contourner les embargos occidentaux. Ajay Pant, 38 ans, a été formellement accusé d'avoir contrevenu aux sanctions en « fournissant ou livrant, directement ou indirectement, par voie maritime, du pétrole ou des produits pétroliers interdits en provenance de Russie à un pays tiers », selon un communiqué de l'Agence nationale de lutte contre la criminalité (NCA).

Une première opération du genre menée par le Royaume-Uni

Le navire, battant pavillon camerounais mais considéré comme « apatride » par les autorités britanniques, a été intercepté dans la Manche lors d'une opération nocturne spectaculaire. Des images diffusées par le ministère de la Défense montrent des commandos des Royal Marines descendant en rappel d'un hélicoptère pour aborder le pétrolier au large des côtes du sud de l'Angleterre. Cette action, présentée comme une première par Londres, a été saluée par Kiev comme un coup dur porté à la machine de guerre russe.

Le Smyrtos, qui avait quitté le port russe d'Oust-Louga le 5 juin à destination de Port-Saïd, en Égypte, demeure ancré au large de Weymouth, dans le Dorset. La ministre britannique des Transports, Heidi Alexander, a ordonné l'immobilisation du navire, l'empêchant formellement de quitter le territoire. Les 24 membres d'équipage, originaires de Géorgie et d'Inde, restent à bord.

Comparution et procédure judiciaire

Ajay Pant comparaîtra mardi devant le tribunal de première instance de Southampton, dans le sud de l'Angleterre. Le parquet britannique a autorisé cette inculpation « après examen du dossier soumis par la NCA ». Cette mise en examen intervient dans le cadre d'une campagne plus large menée par le Royaume-Uni contre la flotte parallèle utilisée par la Russie pour échapper aux sanctions liées à l'invasion de l'Ukraine.

Une lutte renforcée contre la flotte fantôme

Depuis le conflit en Ukraine, Londres a sanctionné des centaines de navires soupçonnés d'appartenir à cette flotte parallèle. Ces pétroliers, souvent anciens, à la propriété obscure et à l'assurance douteuse, sont interdits d'accès aux ports et services britanniques. En mars, le gouvernement avait annoncé que ses forces armées seraient autorisées à arraisonner et à saisir ces navires, une mesure alors présentée comme un renforcement de la lutte contre le contournement des sanctions.

La France, la Belgique, la Finlande et d'autres pays européens ont également mené des opérations similaires ces derniers mois. L'interception du Smyrtos marque une escalade dans la coopération occidentale pour démanteler ces réseaux.