La start-up allemande Proxima Fusion, spécialisée dans la fusion nucléaire, a bouclé un tour de table de 411 millions d'euros qui la valorise à environ 2,4 milliards d'euros. L'opération, l'une des plus importantes jamais réalisées dans le secteur de la fusion, a été menée par le groupe américain Google et l'énergéticien allemand RWE.
Fondée en 2021 à Munich, Proxima Fusion développe un réacteur à fusion de type stellarator, une technologie magnétique visant à reproduire les réactions qui animent le Soleil. Contrairement aux tokamaks, les stellarators se distinguent par leur capacité à maintenir un plasma confiné de manière stable sans recourir à d'importants courants électriques internes, un avantage potentiel pour la production d'énergie durable.
Ce nouveau financement intervient dans un contexte d'effervescence autour de la fusion nucléaire. Plusieurs start-ups dans le monde, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, ont récemment levé des centaines de millions de dollars pour tenter de commercialiser cette source d'énergie quasi illimitée et sans émission de CO₂. La participation de Google, déjà engagé dans l'achat d'électricité nucléaire via de petits réacteurs modulaires (SMR), signale un intérêt croissant des grandes entreprises technologiques pour des solutions de décarbonation lourdes.
Une divergence sur l'identité d'un investisseur
Si les sources s'accordent sur le rôle central de Google et de RWE, l'identité d'un troisième investisseur fait l'objet de divergences. Selon plusieurs comptes rendus, le fonds d'investissement quantitatif XTX Markets, basé à Londres, figurerait également parmi les participants à cette levée de fonds. Toutefois, cette information n'est pas confirmée par l'ensemble des annonces officielles disponibles, et les documents de la société n'ont pas apporté de précision sur ce point.
Un tournant pour la fusion en Europe
Cette levée de fonds constitue un signal fort pour la filière fusion en Europe, souvent distancée par les initiatives américaines. Proxima Fusion bénéficie également du soutien de l'Institut Max-Planck de physique des plasmas, l'un des centres de recherche les plus avancés au monde sur les stellarators. La start-up prévoit d'utiliser les nouveaux capitaux pour accélérer la construction de son prototype à l'échelle industrielle, baptisé « Stellaris », et pour recruter des ingénieurs spécialisés.
Les partisans de la fusion nucléaire soulignent son potentiel à fournir une énergie de base abondante, sans déchets radioactifs à longue durée de vie. Les sceptiques rappellent toutefois que la commercialisation de cette technologie reste hypothétique à court terme : aucun réacteur à fusion n'a encore produit plus d'énergie qu'il n'en consomme, et les défis techniques (températures de plusieurs millions de degrés, matériaux résistants aux neutrons) demeurent immenses.
Implications économiques et industrielles
L'entrée de RWE, l'un des principaux producteurs d'électricité en Allemagne, dans le capital de Proxima Fusion illustre l'intérêt des utilités pour des technologies de rupture. Alors que le pays accélère sa sortie du charbon et du nucléaire conventionnel, la fusion pourrait offrir une alternative décarbonée pour la production d'électricité en continu.
Le tour de table de 411 millions d'euros place Proxima Fusion parmi les start-ups de fusion les mieux capitalisées au monde, aux côtés de l'américaine Commonwealth Fusion Systems (soutenue par Bill Gates et le fonds Breakthrough Energy Ventures) et de la britannique Tokamak Energy. La jeune pousse munichoise espère démontrer la faisabilité technique de son démonstrateur d'ici la fin de la décennie, avec un objectif de premier réacteur commercial à l'horizon 2040.