Des mots qui portent loin

Depuis le décès de Lyhanna, une enfant de Fleurance, le maire de cette petite ville du Gers, Grégory Bobbato, s’est imposé comme une voix singulière dans le débat national. Sans ménagement, il a exprimé son scepticisme face à la perspective d’une nouvelle loi : « Une énième loi ne réglera pas le problème », a-t-il affirmé, jugeant que l’accumulation de textes législatifs ne suffira pas à endiguer les violences faites aux enfants. Cette prise de position, nette et sans concession, le distingue des appels à légiférer rapidement lancés par d’autres élus.

« Un fusible, ce n’est pas la solution »

Quelques heures plus tard, alors que l’inspection diligentée sur le traitement des plaintes antérieures visant le principal suspect débouchait sur des sanctions, le maire a de nouveau interpellé les autorités. « Un fusible, ce n’est pas la solution », a-t-il lancé, estimant que les mesures prises ne doivent pas servir à désigner des boucs émissaires mais à réformer en profondeur un système défaillant. Il a dénoncé la tentation de « laisser tomber des têtes » pour apaiser l’opinion, sans s’attaquer aux racines du mal.

Un accompagnement de chaque instant

En parallèle de ces critiques, Grégory Bobbato a tenu à rappeler son engagement personnel auprès des proches de la fillette. « J’ai toujours été guidé par cette nécessité d’accompagner cette famille », a-t-il confié. Depuis la tragédie, il dit avoir été présent à chaque étape, des obsèques aux contacts avec les services judiciaires. Ce rôle de soutien, il le considère comme une évidence pour un maire de commune rurale où tout le monde se connaît.

Un élu atypique et contesté

Le portrait que brosse la presse nationale de cet élu gersois le dépeint comme « un maire agité ». Agé d’une quarantaine d’années, Grégory Bobbato est connu pour son franc-parler et ses prises de position abruptes. Élu sans étiquette, il n’hésite pas à bousculer les lignes, que ce soit sur les questions de sécurité, d’urbanisme ou de justice. Son tempérament volontiers polémique lui a valu des inimitiés au sein du conseil municipal, mais aussi une popularité certaine auprès d’une partie de la population, qui salue son courage.

Une commune sous le feu des projecteurs

Fleurance, paisible cité du Gers de quelque 6 000 habitants, se retrouve projetée sur le devant de la scène nationale depuis la mort de Lyhanna. L’affaire a mis en lumière les dysfonctionnements dans le suivi des plaintes déposées contre le principal suspect, Jérôme Barella, avant les faits. Le maire, qui avait déjà alerté par le passé sur des situations préoccupantes, voit aujourd’hui ses interpellations relayées. Il réclame une réforme de la chaîne judiciaire, mais refuse de se cantonner à une simple demande de lois supplémentaires.

Quelles suites ?

Alors que la ministre de la Justice a annoncé une série de mesures, Grégory Bobbato maintient une ligne volontairement distanciée. Pour lui, le changement doit venir d’une meilleure coordination entre les services et d’une véritable écoute des victimes, bien au-delà des annonces symboliques. En attendant, il continue d’arpenter les rues de Fleurance, soucieux de préserver le lien avec ses administrés tout en portant une parole qui dépasse désormais largement les limites de sa commune.