Le Parlement hongrois vote l’éviction du chef de l’État
Le 13 juillet 2026, l’Assemblée nationale hongroise a adopté un amendement constitutionnel autorisant le retrait du président de la République, Tamás Sulyok, dont le mandat devait s’achever en 2029. Le texte a recueilli 139 voix pour et six contre. Les députés du parti Fidesz, classé à l’extrême droite et fondé par l’ancien Premier ministre Viktor Orbán, ont boycotté le scrutin. Viktor Orbán lui-même était absent, s’étant rendu aux États-Unis pour assister à des matchs de la Coupe du monde de football.
L’objectif officiel de cette révision, selon la majorité, est le « rétablissement de l’État de droit démocratique ». Le Premier ministre Péter Magyar, à la tête du parti pro-européen Tisza, dispose d’une majorité qualifiée des deux tiers, ce qui permet à sa coalition de modifier la Constitution sans l’appui de l’opposition. Cette majorité lui avait été conférée lors des élections législatives d’avril 2026.
Une mesure inscrite dans « l’opération Nettoyage par le feu »
Cette destitution fait partie d’un programme plus vaste que Péter Magyar a nommé « Opération Nettoyage par le feu », visant à démanteler ce qu’il qualifie de « mafia économique et politique » édifiée sous l’ère Orbán. Le chef du gouvernement avait auparavant sommé à plusieurs reprises le président Sulyok de quitter volontairement ses fonctions, estimant que la victoire électorale de son camp lui donnait toute légitimité pour écarter les « marionnettes » de l’ancien régime.
Le président Sulyok, ancien magistrat élu en 2024 par un Parlement alors dominé par Fidesz, n’a pas obtempéré à ces injonctions. Le nouveau texte constitutionnel prévoit également des limitations : un plafond de trois mandats pour les parlementaires, une mesure qui frapperait durement nombre d’élus de Fidesz ayant siégé plusieurs législatures, et le rétablissement d’un âge de départ à la retraite obligatoire fixé à 70 ans pour les juges de la Cour constitutionnelle, seuil que le président de cette institution, nommé sous Orbán, atteindra cette année.
Réactions et inquiétudes
Le parti Fidesz a qualifié cet amendement d’« attaque sans précédent » contre l’ordre démocratique du pays. Plusieurs organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, se sont dites préoccupées par la méthode employée, qu’elles jugent « rappelant les pratiques de l’ère Fidesz ». Dans un communiqué, l’ONG a toutefois reconnu que Péter Magyar dispose d’un mandat solide pour « réparer les dégâts causés à l’État de droit par seize années de pouvoir Fidesz », tout en insistant sur la nécessité de respecter les procédures légales et de mener de réelles consultations publiques avant toute refonte constitutionnelle.
Situation institutionnelle tendue
L’amendement doit désormais être promulgué par le président Sulyok lui-même, sous cinq jours, pour entrer en vigueur. Or, rien n’indique que l’intéressé accepte de signer un texte qui le destitue. En cas de refus, les analystes et diplomates redoutent l’ouverture d’une crise constitutionnelle qui pourrait compromettre les efforts du nouveau gouvernement pour redresser l’économie et renforcer l’État de droit.
Le parti Tisza a prévenu qu’il enclencherait, le cas échéant, une procédure en destitution pour « violation grave de la Constitution », ce qui prolongerait l’incertitude.
Un bouleversement plus large des institutions
Au-delà de la présidence, l’équipe de Péter Magyar s’attaque à d’autres piliers de l’héritage Orbán. La chaîne publique M1, principale source d’information télévisée, a interrompu sa diffusion en juillet en diffusant un message d’excuse pour son rôle passé de « mégaphone de la propagande » de Fidesz, déclarant : « Les médias publics ne devraient pas mentir. Nous sommes désolés de l’avoir fait si longtemps. » La radio d’État Kossuth, qui diffusait un entretien hebdomadaire avec Viktor Orbán, a également cessé d’émettre.
Par ailleurs, plusieurs cercles de réflexion et organisations financés par l’ancien Premier ministre sont en voie de démantèlement, et le gouvernement a engagé une refonte de la direction des médias publics pour briser le contrôle partisan hérité de la période précédente.
Un contexte de lutte contre la corruption
Péter Magyar, ancien cadre de Fidesz rallié à l’opposition en 2024, a fait de la lutte contre la corruption l’un de ses axes prioritaires. Transparency International a classé la Hongrie au dernier rang de l’Union européenne pour la quatrième année consécutive. Le nouveau Premier ministre promet de « restaurer l’indépendance de la justice, des médias et des agences gouvernementales ».
Prochaines étapes
La balle est désormais dans le camp du président Sulyok. Sa décision – signature ou refus – déterminera si la Hongrie entre dans une phase de transition pacifique ou dans une confrontation juridique inédite. En attendant, la majorité parlementaire poursuit son offensive législative contre les structures mises en place sous Viktor Orbán.