Le Sénat du Zimbabwe a adopté ce mercredi 24 juin un projet de loi constitutionnel controversé, prolongeant de cinq à sept ans le mandat du président et des députés. Selon la présidente du Sénat, Mabel Chinomona, le scrutin a recueilli 75 voix favorables contre quatre oppositions. Ce texte, déjà approuvé la semaine dernière par l'Assemblée nationale (216 pour, 42 contre), doit désormais être signé par le chef de l'État, Emmerson Mnangagwa, pour entrer en vigueur.

Un changement majeur du mode de scrutin

Au-delà du simple allongement temporel, la réforme instaure une élection du président par le Parlement, et non plus au suffrage universel direct. Les critiques, au sein de l'opposition et de la société civile, dénoncent ce qu'ils qualifient de « coup d'État constitutionnel ». Ils estiment que ces dispositions, pilotées par le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF), visent à verrouiller durablement le pouvoir en faveur du président Mnangagwa, âgé de 83 ans.

Contexte politique et répression

Emmerson Mnangagwa est arrivé à la tête du pays en 2017, après un coup d'État militaire qui a mis fin au règne de Robert Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance en 1980. Le ZANU-PF, qui domine le Parlement, avait annoncé son intention de réviser la Constitution dès l'année dernière ; le cabinet avait donné son aval en février dernier.

Les voix discordantes peinent à se faire entendre. Des militants et opposants ayant tenté de mobiliser contre le projet disent avoir subi intimidations, violences ou arrestations, imputées à des agents présumés de l'État. Human Rights Watch avait, en mars, alerté sur l'usage de la force contre les contestataires de l'amendement. Par ailleurs, les recours juridiques intentés pour bloquer la procédure ont jusqu'à présent échoué.

Un avenir politique verrouillé ?

Avec l'adoption par les deux chambres, la balle est dans le camp du président Mnangagwa. Sa signature devrait sceller la mise en œuvre de ces changements avant la prochaine échéance électorale, initialement prévue en 2028. Forte de sa majorité écrasante, la ZANU-PF pourrait ainsi contrôler l'élection présidentielle via le Parlement, suscitant des inquiétudes sur la consolidation d'un régime autoritaire dans un pays déjà marqué par une grave crise économique et des tensions sociales.