Le tribunal correctionnel de Nîmes rend ce mardi 9 juin sa décision dans le dossier concernant l’influenceur Jeremstar, poursuivi pour s’être introduit dans les arènes de la ville en pleine corrida en septembre 2025. Jérémy Gisclon, de son vrai nom, âgé de 39 ans et suivi par plusieurs millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, avait fait irruption sur la piste en brandissant un tissu portant l’inscription « F*CK la CORRIDA ».

Une action médiatisée et des milliers de fans

L’affaire avait suscité un retentissement considérable, en raison de la notoriété du blogueur. Lors de l’audience tenue en avril, plusieurs centaines de sympathisants s’étaient rassemblés devant le palais de justice, situé à proximité des arènes. Jeremstar avait multiplié les selfies et les vidéos diffusées en direct sur ses comptes. Ce jour-là, il arborait un t-shirt sur lequel était écrit « Torturer des taureaux est un crime », que la présidente du tribunal lui avait demandé de retirer.

Les faits reprochés

Le parquet reproche à l’influenceur d’être « entré illégalement dans une enceinte sportive troublant le déroulement de la compétition », une infraction prévue par le code du sport. Il encourt jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. L’action s’était déroulée alors que la corrida touchait à sa fin : Jeremstar a expliqué avoir sauté dans l’arène après la mise à mort du taureau. « Il n’y a pas eu de trouble de la compétition puisque le taureau était déjà mort », a-t-il fait valoir lors de l’audience, ajoutant ne « pas regretter » son geste, qui visait selon lui à « dénoncer ces spectacles barbares ».

La question juridique centrale

Au cœur du débat judiciaire se trouve la qualification de la corrida. La défense conteste qu’il s’agisse d’une compétition sportive au sens du code du sport, ce qui remettrait en cause la base même des poursuites. Cette interrogation est d’autant plus importante que la législation française punit de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende les sévices graves envers les animaux, mais prévoit une exception pour les courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Nîmes figure parmi les villes où cette tradition est reconnue.

La position de la partie civile

L’avocat de la société organisatrice des spectacles tauromachiques à Nîmes, Casas & Co, Me Guillaume Barnier, a plaidé pour une condamnation. Il a estimé que, « sous une apparence de banalité, de pacifisme, il y a quand même un comportement vindicatif défiant l’ordre public ». La défense, quant à elle, a insisté sur le caractère non sportif de la corrida et sur le fait que l’intervention de Jeremstar avait eu lieu après la mort de l’animal, minimisant ainsi les troubles.

Un verdict très attendu

Au-delà du cas personnel de l’influenceur, la décision du tribunal pourrait avoir des implications plus larges sur la qualification juridique des spectacles tauromachiques en France. Les militants anticorrida suivent de près cette affaire, tandis que les défenseurs de la tradition taurine redoutent un précédent. Le jugement, attendu dans la journée, devrait clarifier si l’intrusion de Jeremstar relève d’une infraction caractérisée ou d’un acte de protestation légitime dans le cadre d’un spectacle non sportif.