Kevin Warsh, nouveau président de la Réserve fédérale, se trouve confronté à un défi de taille pour sa première réunion de fixation des taux d'intérêt. Alors que l'inflation a atteint son niveau le plus élevé depuis trois ans, à 4,2 %, sous l'effet des conséquences économiques du conflit en Iran, les pressions sur le banquier central s'exercent de toutes parts.

M. Warsh doit composer avec un « triangle des Bermudes » de contraintes politiques. D'un côté, le président Donald Trump, comme plusieurs de ses prédécesseurs, réclame un assouplissement monétaire pour stimuler l'emprunt, la dépense et la croissance économique, ce qui pourrait également améliorer sa cote de popularité. Mais à la différence des présidents précédents, M. Trump cherche à forcer la décision, manifestant peu de respect pour l'indépendance de la Fed.

De l'autre côté, plusieurs membres du Federal Open Market Committee (FOMC), l'organe de décision de la Fed composé de douze membres, s'inquiètent de la flambée des prix. Ils préféreraient, au minimum, maintenir les taux d'intérêt à leur niveau actuel. Depuis le début du conflit en Iran, un seul membre du FOMC a voté en faveur d'une baisse des taux.

Les propres positions de M. Warsh ajoutent une couche de complexité. Lors de son précédent mandat au sein du conseil de la Fed, pendant la crise financière, il s'était montré très soucieux du risque inflationniste lié au maintien prolongé des taux d'intérêt à zéro. Il s'inquiétait notamment des effets d'une combinaison de taux bas et d'autres mesures, comme l'assouplissement quantitatif (le rachat massif d'obligations).

Après avoir quitté le conseil en 2011, il avait exprimé son désaccord avec la politique de la Fed dans des discours et des articles d'opinion. Fort de ces antécédents, il semblait être le candidat idéal pour faire face à une résurgence de l'inflation.

Cependant, il y a environ un an, alors que se profilait la possibilité de devenir président et que la Maison-Blanche s'impatientait face à la hausse des taux, M. Warsh a semblé infléchir sa position. Il a commencé à défendre une argumentation plus complexe, suggérant que la Fed pourrait réduire les taux à court terme tout en cédant une partie de ses importantes réserves obligataires accumulées durant la crise financière. Cette seconde mesure exercerait une pression à la hausse sur les taux à long terme, comme ceux des prêts immobiliers, ce qui contrebalancerait la baisse des taux à court terme.

Cette stratégie, consistant à « appuyer sur l'accélérateur et le frein en même temps », suscite le scepticisme. Des critiques estiment qu'une vente massive d'obligations (appelée resserrement quantitatif) est un outil imprécis et potentiellement perturbateur, dont les effets ne compensent pas proprement une baisse des taux.

M. Warsh doit également concilier ses vues avec celles de ses onze collègues du FOMC, qui prennent habituellement leurs décisions par consensus. La dernière fois qu'un nouveau président de la Fed a été confronté à des défis aussi considérables remonte à l'ère de Jimmy Carter. À la fin des années 1970, il avait fallu des taux d'intérêt approchant les 20 %, provoquant une récession, pour briser la spirale inflationniste.

Pour justifier une baisse des taux en dépit de l'inflation, M. Warsh avance également que les gains d'efficacité issus de l'intelligence artificielle et d'autres nouvelles technologies pourraient permettre à l'économie de croître plus rapidement sans créer de pressions inflationnistes, même si cette thèse ne s'est pas encore vérifiée dans les faits.

L'enjeu est crucial pour la crédibilité de la banque centrale américaine. Alors que M. Warsh préside sa première réunion, la communauté financière et les observateurs économiques guettent le moindre signal. Son passé de « faucon » anti-inflation, son récent revirement apparent et les pressions politiques exercées par la Maison-Blanche en font un personnage central dont les décisions pourraient redéfinir la politique monétaire américaine pour les mois à venir.