Des responsables américains de haut rang ont engagé des discussions exploratoires avec plusieurs grandes entreprises d'intelligence artificielle au sujet d'une éventuelle prise de participation de l'État fédéral dans leur capital, selon plusieurs personnes informées des échanges. L'initiative, qui en est encore à un stade préliminaire, vise à faire bénéficier la population des retombées économiques de l'essor de l'IA.
Le président Donald Trump a lui-même évoqué le sujet le vendredi 5 juin, depuis l'avion présidentiel Air Force One, déclarant qu'il avait abordé avec des dirigeants de l'IA des « concepts où des parts pourraient être données au public américain, où le public américain deviendrait essentiellement un partenaire des entreprises ». Il a également indiqué prévoir de rencontrer ces sociétés « dans un avenir très, très proche ».
OpenAI au cœur des discussions
Sam Altman, le directeur général d'OpenAI, figure parmi les interlocuteurs privilégiés de l'exécutif. Selon des sources proches des négociations, M. Altman aurait présenté l'idée d'une participation gouvernementale directement au président Trump dès le début de l'année 2025. Les échanges se sont intensifiés ces dernières semaines, dans le cadre d'une réflexion plus large sur la répartition des bénéfices de l'intelligence artificielle auprès du grand public.
L'entreprise aurait proposé de céder volontairement des actions à l'État américain afin d'alimenter un « fonds pour la richesse publique », un mécanisme que la société avait déjà esquissé dans un livre blanc publié en avril. Selon ce document, un tel fonds « pourrait investir dans des actifs diversifiés à long terme » et ses rendements « pourraient être distribués directement aux citoyens, permettant à un plus grand nombre de personnes de participer directement aux retombées de la croissance tirée par l'IA, quel que soit leur niveau de richesse ou leur accès au capital ».
Des modalités encore floues et un paysage contrasté
Aucun terme définitif n'a été arrêté et les contours de l'accord potentiel restent susceptibles d'évoluer. Les discussions portent sur une cession d'actions à titre gracieux par les entreprises concernées, dont les dividendes potentiels pourraient ensuite être affectés à des fins d'intérêt général, par exemple sous la forme d'un versement unique à chaque foyer américain.
Toutefois, toutes les entreprises du secteur ne sont pas engagées dans ces pourparlers. Une personne informée a précisé qu'Anthropic, un autre acteur majeur de l'IA, ne mène pas de discussion avec l'administration sur un apport d'actions au gouvernement.
Un précédent et un débat bipartisan
Cette piste s'inscrit dans la continuité d'une précédente intervention de l'État dans le capital d'une entreprise : l'administration Trump avait déjà pris une participation de 10 % dans le fabricant de puces Intel l'année dernière.
Le concept d'une participation publique dans l'IA suscite un intérêt au-delà du seul camp présidentiel. Le sénateur Bernie Sanders a récemment proposé d'imposer une taxe unique de 50 % sur les actions de sociétés comme OpenAI, Anthropic ou xAI, qui serait acquittée directement en titres. M. Sanders a fait valoir qu'une telle mesure « garantirait que les milliers de milliards de dollars potentiellement générés par l'IA sont utilisés pour améliorer la vie de tous », alors que plusieurs de ces entreprises s'apprêtent à réaliser des introductions en Bourse parmi les plus importantes de l'histoire.