Une proposition inhabituelle émerge à Washington : faire entrer l'État fédéral au capital des plus grandes entreprises d'intelligence artificielle. Portée par le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders, l'initiative reçoit un accueil favorable de la part du président Donald Trump, qui a évoqué à plusieurs reprises l'idée que les sociétés technologiques « rendent quelque chose au public ».

Le texte en préparation au Sénat prévoit l'imposition d'une taxe exceptionnelle de 50 %, payable en actions, aux entreprises d'IA. Ces titres seraient ensuite logés dans un fonds souverain destiné à gérer cette participation collective. Le sénateur démocrate de Hawaï Brian Schatz a exprimé son soutien au principe de cette mesure, tandis que de nombreux autres parlementaires se montrent réservés, voire hostiles, pour des raisons diverses.

Un rapprochement politique inattendu

Ce projet constitue l'un des rares terrains d'entente entre un élu progressiste et l'administration républicaine. Le président Trump, qui avait déjà pris des parts dans plusieurs entreprises liées à la sécurité nationale, s'est dit attiré par l'idée d'une participation fédérale directe dans les acteurs dominants de l'intelligence artificielle. Lors de déclarations publiques, il a jugé que ces entreprises devraient « donner quelque chose en retour à la société », sans toutefois préciser les modalités exactes d'une telle mesure.

De son côté, Bernie Sanders défend ce mécanisme comme un moyen de garantir que les bénéfices colossaux générés par l'IA profitent à l'ensemble des contribuables, et non aux seuls actionnaires privés. Dans une tribune publiée au début du mois de juin, il propose que la taxe en actions serve de base à un fonds souverain capable de financer des politiques publiques.

Un accueil contrasté au Capitole

Si l'idée séduit une partie de la classe politique, elle se heurte à un scepticisme important dans les couloirs du Congrès. Plusieurs élus estiment qu'une telle ingérence de l'État dans le capital d'entreprises technologiques pourrait freiner l'innovation et décourager les investissements privés dans un secteur stratégique. D'autres s'interrogent sur la valorisation des actions, les risques de conflits d'intérêts ou encore la gestion politique d'un fonds souverain américain.

Les opposants soulignent également que la mesure, si elle était adoptée, créerait un précédent majeur : l'État deviendrait copropriétaire d'entreprises privées dont il est déjà le régulateur. Cette double casquette suscite des craintes quant à une possible instrumentalisation politique des décisions économiques.

Un débat qui s'inscrit dans un contexte plus large

Cette proposition intervient alors que les géants de l'IA sont de plus en plus scrutés par les autorités américaines, tant pour leur puissance de marché que pour leurs implications en matière de sécurité nationale. L'administration Trump a déjà pris des participations dans des entreprises jugées critiques pour la défense, et certains y voient une logique d'extension aux technologies émergentes.

Le débat parlementaire ne fait que commencer, et les chances d'adoption rapide restent incertaines. Mais l'émergence de ce projet témoigne d'une volonté, partagée par des bords politiques opposés, de repenser le partage de la valeur créée par l'intelligence artificielle entre le secteur privé et la collectivité.

Alors que les discussions se poursuivent à huis clos entre les équipes du sénateur Sanders et des représentants de l'exécutif, la question de la souveraineté technologique et de la justice fiscale autour de l'IA promet d'occuper une place centrale dans les débats à venir sur la régulation du numérique.