L'Assurance maladie a formulé une proposition destinée à frapper fort contre le tabagisme juvénile : interdire la vente de tabac à tous les individus dont la date de naissance est postérieure à 2009. Cette mesure, si elle était adoptée, créerait un seuil d'âge évolutif interdisant définitivement l'accès légal au tabac pour les générations les plus jeunes.

Une barrière générationnelle

Le principe retenu par l'institution consiste à instaurer une interdiction permanente de vente de cigarettes à quiconque n'est pas né avant 2010. Concrètement, au fil des années, l'âge minimum requis pour acheter du tabac reculerait mécaniquement : un jeune né en 2010 ne pourrait jamais en acheter légalement, même à l'âge adulte. Cette approche vise à empêcher l'entrée dans le tabagisme plutôt qu'à encourager le sevrage chez les fumeurs déjà installés.

Dans son argumentaire, l'Assurance maladie insiste sur la nécessité de protéger les plus jeunes d'une addiction qui commence souvent à l'adolescence. Elle souligne le poids sanitaire et économique du tabagisme : des centaines de milliers de décès prématurés par an en France et un coût considérable pour les comptes de la sécurité sociale. L'organisme estime que seule une mesure radicale peut inverser la courbe du tabagisme chez les nouvelles générations.

Des précédents internationaux

Cette proposition s'inspire de dispositifs déjà expérimentés à l'étranger. La Nouvelle-Zélande a ainsi adopté une loi interdisant la vente de tabac à toute personne née après 2008. Le Royaume-Uni a également engagé une réflexion sur un mécanisme similaire, avec une interdiction visant les personnes nées après 2009. La France pourrait donc s'aligner sur ces initiatives, même si le cadre juridique et les modalités pratiques restent à définir.

Des modalités complexes

La mise en œuvre d'une telle interdiction soulève plusieurs questions logistiques. Elle nécessiterait un contrôle renforcé de l'âge des acheteurs par les buralistes, avec une vérification systématique des pièces d'identité. Les professionnels du secteur pourraient exprimer des réserves face à une mesure qui réduirait mécaniquement leur clientèle à long terme. Le gouvernement n'a pas encore pris position sur cette proposition, qui devra être examinée dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre le tabagisme.

L'Assurance maladie justifie cette approche par l'urgence sanitaire : le tabac reste la première cause de mortalité évitable en France. L'objectif d'une « génération sans tabac » d'ici 2030 ou 2035 est régulièrement évoqué par les autorités sanitaires, mais aucune mesure aussi contraignante n'avait encore été officiellement proposée par un organisme public.

Un débat relancé

Cette annonce intervient alors que le gouvernement doit prochainement présenter son nouveau plan de lutte contre le tabagisme. La proposition de l'Assurance maladie pourrait nourrir les discussions et servir de test pour évaluer la volonté politique d'aller vers une interdiction quasi totale pour les jeunes. Les associations de lutte contre le tabac ont accueilli favorablement cette initiative, bien que certaines jugent son périmètre encore insuffisant. Les buralistes, de leur côté, redoutent une nouvelle baisse de leurs ventes et une amplification du marché parallèle.

La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics, qui devront arbitrer entre impératifs de santé publique et contraintes économiques et sociales. Si la mesure venait à être inscrite dans la loi, elle marquerait un tournant dans la politique française de prévention du tabagisme.