L'intégration de SpaceX au sein de l'indice Nasdaq 100 est intervenue dans un climat d'incertitude. L'action du groupe dirigé par Elon Musk a cédé une partie des gains réalisés lors de son premier jour de cotation, suscitant des interrogations sur la solidité de sa valorisation.

Une valorisation sous pression

Après avoir bondi de 22 % lors de ses premiers échanges, le titre SpaceX a reculé de près de 7 % en deux séances, effaçant une partie du sommet atteint le jour de l'introduction. Les investisseurs s'inquiètent de l'endettement personnel d'Elon Musk, qui a utilisé ses actions SpaceX comme collatéral pour des prêts bancaires. Une chute du cours pourrait déclencher des appels de marge, obligeant le milliardaire à vendre des titres, ce qui accentuerait la pression baissière.

Par ailleurs, les tensions géopolitiques – notamment le conflit en Ukraine et les restrictions sur les exportations de technologies sensibles – pèsent sur les contrats internationaux de SpaceX. La société a récemment perdu un appel d'offres pour le déploiement de satellites en Inde, un marché jugé stratégique.

Un contexte boursier contrasté pour le spatial

L'engouement pour SpaceX a profité à d'autres valeurs du secteur spatial cotées en Bourse. L'entreprise Rocket Lab a vu son action progresser de 8 % depuis l'IPO de SpaceX, tandis que le fonds négocié en Bourse ARK Space Exploration a enregistré des entrées nettes de 450 millions de dollars. Toutefois, les performances restent volatiles. Les analystes de Goldman Sachs estiment que « le marché du spatial est encore immature et que les valorisations actuelles intègrent des hypothèses de croissance très ambitieuses sur les revenus des constellations de satellites et du tourisme spatial ».

Les investisseurs français prudents

En France, l'appétit pour l'action SpaceX demeure mesuré. Plusieurs courtiers en ligne ont signalé une demande soutenue, mais inférieure à celle observée lors de l'introduction en Bourse. La banque publique d'investissement Bpifrance a indiqué ne pas avoir participé à l'offre, invoquant une valorisation « difficile à justifier par les fondamentaux ».

Des perspectives contrastées pour SpaceX

SpaceX continue de dominer le marché des lancements spatiaux avec 90 % des mises en orbite commerciales en 2026. Sa constellation Starlink compte désormais plus de 6 000 satellites actifs et génère un chiffre d'affaires annuel estimé à 8 milliards de dollars. Cependant, la concurrence s'intensifie. Amazon a accéléré le déploiement de son réseau Kuiper, et la Chine prévoit de lancer son propre système concurrent d'ici 2028.

Un dilemme pour les analystes

La difficulté à évaluer SpaceX tient à la nature hybride de ses activités : à la fois fournisseur de services de lancement, opérateur de constellation et développeur de technologies de transport interplanétaire (Starship). Les modèles financiers classiques peinent à capturer les synergies entre ces segments et à quantifier les risques opérationnels. Plusieurs banques d'investissement ont révisé leurs prévisions de chiffre d'affaires à la baisse pour 2027, anticipant des retards dans le calendrier de Starship.

Conclusion

L'entrée de SpaceX dans le Nasdaq 100 marque une étape symbolique, mais la route s'annonce semée d'embûches pour le groupe d'Elon Musk. Entre les incertitudes macroéconomiques, les risques financiers personnels du fondateur et la concurrence naissante, les investisseurs devront naviguer avec prudence.