Alger — Les électeurs algériens se rendent aux urnes ce jeudi 2 juillet pour élire les 407 membres de l’Assemblée populaire nationale, dans un scrutin législatif présenté par le chef de l’État comme une étape de la construction d’une « nouvelle Algérie ». Près de 24,7 millions de citoyens, dont environ 854 000 résidant à l’étranger, sont inscrits sur les listes électorales, selon l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).
Ce vote intervient plus de sept ans après le mouvement de protestation Hirak, qui avait conduit au départ de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika en 2019. L’exécutif a présenté cette élection comme un moyen de renouveler les institutions, mais de nombreux observateurs jugent peu probable une alternance du pouvoir ou une transformation profonde du système politique.
Une participation incertaine
La question de l’affluence aux urnes est centrale. En 2021, la participation avait chuté à 23 %, signe d’un désengagement marqué d’une partie de la population. Cette année, plusieurs facteurs pourraient peser sur la mobilisation, notamment l’actualité sportive : l’équipe nationale de football s’est qualifiée pour les phases éliminatoires de la Coupe du monde 2026, un événement qui capte l’attention des Algériens. « Les élections sont actuellement en concurrence avec d’autres sujets, surtout la Coupe du monde et le début des vacances d’été », a souligné Robin Frisch, responsable du bureau de la Fondation Friedrich-Ebert à Alger. Il a toutefois qualifié ce scrutin d’« événement politique important », malgré l’absence de grands rassemblements de campagne.
Des forces politiques établies en lice
Le mode de scrutin retenu est celui de la représentation proportionnelle à listes ouvertes, permettant aux électeurs de choisir des listes partisanes et d’exprimer des préférences pour des candidats individuels. Plusieurs partis sont en compétition : le Front de libération nationale (FLN), qui détenait 105 sièges dans l’assemblée sortante, et son allié gouvernemental, le Rassemblement national démocratique (RND), font face à des formations d’opposition comme le Mouvement de la société pour la paix (MSP), ainsi qu’à des listes nationalistes, islamistes et indépendantes.
Pour le politologue Rachid Ouaissa, de l’université Philipps de Marbourg (Allemagne), « ces élections sont extrêmement significatives ». Il a estimé que le scrutin de 2021 était encore fortement marqué par l’héritage des manifestations du Hirak, tandis que celui de 2026 s’inscrit dans un contexte différent.
Un espace politique sous tension
Si le président Abdelmadjid Tebboune affirme que les réformes entreprises ont renforcé les institutions et préservé la stabilité, des voix critiques dénoncent un rétrécissement de l’espace démocratique. L’ANIE a indiqué que des centaines de candidatures et de listes ont été rejetées lors des phases de validation, pour des motifs liés aux règles d’éligibilité et à la conformité légale. Des figures de l’opposition et des organisations de défense des droits humains estiment que les lois électorales renforcées ont accru le contrôle de l’État sur la compétition politique.
Plusieurs militants proches du Hirak ont fait l’objet de poursuites ou de restrictions depuis 2019, à l’image de Karim Tabbou, personnalité de l’opposition arrêtée à plusieurs reprises et critique récurrente de ce qu’elle présente comme un espace politique rétréci. Le président Tebboune a rejeté ces accusations, tout en reconnaissant que le Hirak avait « sauvé l’Algérie de l’effondrement » et en appelant les citoyens à voter pour consolider la légitimité des institutions.
Des organisations internationales comme Amnesty International et Human Rights Watch ont exprimé des préoccupations concernant les restrictions pesant sur l’opposition, les médias indépendants et la société civile. Les autorités algériennes rejettent ces critiques, affirmant que les réformes ont élargi la participation politique tout en préservant la stabilité.
Un scrutin à la portée limitée ?
En dépit de l’enjeu affiché, les analystes estiment que l’exécutif conserve une position dominante et que le Parlement joue un rôle législatif restreint. Plusieurs formations qui avaient boycotté le scrutin de 2021, comme le Front des forces socialistes (FFS), le Parti des travailleurs (PT) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), participent cette fois au processus électoral. Leur retour pourrait indiquer une évolution des stratégies politiques, sans pour autant garantir une recomposition majeure du paysage institutionnel.
Les résultats définitifs devraient être connus dans les jours suivant le vote, et détermineront si le scrutin marque une simple reconduction des équilibres existants ou l’amorce d’une dynamique nouvelle dans la vie politique algérienne.