Téhéran durcit le ton après la mort d’Ali Khamenei

Le successeur de l'ancien guide suprême, Mojtaba Khamenei, a rompu le silence par un message écrit, premier signe public depuis l'enterrement de son père. Dans ce texte, il affirme que « la vengeance est la volonté de notre nation et doit inévitablement être exécutée ». Il précise qu'un « liste de cibles » a été établie et que l'opération ne dépend pas de sa propre personne ni d'aucun responsable. Il juge par ailleurs que la signature de Donald Trump est « totalement sans valeur » et dénonce l'« intimidation » comme élément central de la politique étrangère américaine.

Ce message intervient alors que les affrontements entre les deux pays se sont intensifiés ces derniers jours. Le 18 juillet, une septième nuit consécutive de frappes américaines a visé des sites en Iran. Le commandement central des États-Unis a indiqué avoir ciblé des « sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des stockages souterrains d'armes et des capacités maritimes ».

Frappes sur les infrastructures civiles

Selon des responsables iraniens cités par l'agence Tasnim, un bombardement américain a « complètement détruit » une station de pompage d'eau de mer et un transformateur électrique de l'usine de dessalement de Bunji, à Jask, dans le sud du pays. Cette destruction a privé d'eau potable environ 10 000 personnes réparties dans une vingtaine de villages, a précisé le directeur de la compagnie des eaux de la province d'Hormozgan.

En représailles, les Gardiens de la révolution islamique ont lancé une nouvelle salve de drones et de missiles contre des États alliés des États-Unis dans le Golfe. Le Koweït a annoncé la fermeture de son espace aérien et signalé que deux centrales électriques et des usines de dessalement avaient été touchées par des tirs iraniens, faisant plusieurs blessés parmi les pompiers. Bahreïn a également activé ses sirènes antiaériennes et appelé la population à se mettre à l'abri. La Jordanie a affirmé avoir intercepté dix missiles balistiques iraniens.

Menaces américaines et recul tactique

Donald Trump avait annoncé le 15 juillet la reprise du blocus naval américain contre les ports iraniens et menacé d'imposer un péage de 20 % à tout navire transitant par le détroit d'Ormuz, afin de couvrir le coût des opérations de sécurité. Mais dès le lendemain, il a abandonné cette mesure, proposant à la place de négocier des « accords commerciaux et d'investissement » avec les alliés du Golfe en échange d'un passage sûr.

Ce revirement, intervenu moins de 24 heures après l'annonce, témoigne des difficultés de l'administration américaine à trouver une issue au conflit, selon plusieurs analystes. Dans un entretien, Trump a prévenu que la semaine suivante serait « vraiment mauvaise » pour l'Iran, évoquant des frappes contre les centrales électriques et les ponts iraniens. Il a déclaré que les pourparlers avec Téhéran se poursuivaient mais les a qualifiés de « perte de temps ».

Impasse stratégique

L'accord de cessez-le-feu signé en juin, connu sous le nom de mémorandum d'entente, est désormais considéré comme caduc par les deux camps. Les négociations, ponctuées de médiations qataries, n'ont pas abouti à une stabilisation. La question du contrôle du détroit d'Ormuz reste le principal point de blocage. Des responsables iraniens considèrent cette voie maritime comme « plus importante que des dizaines de bombes atomiques », tandis que Washington refuse de la laisser sous contrôle iranien à long terme.

Des experts estiment que l'Iran, même affaibli militairement, conserve la capacité de paralyser le trafic dans le détroit avec un nombre limité de missiles, de drones ou de mines, en créant un risque suffisant pour dissuader les armateurs de transit. La guerre, débutée fin février par des frappes américano-israéliennes massives, s'est transformée en un conflit d'usure qui pourrait durer.