Le souverain pontife a foulé le sol de Lampedusa ce samedi 4 juillet, près de treize ans après le voyage historique de son prédécesseur François sur cette île devenue l'emblème des tragédies migratoires en Méditerranée. Le choix du 4 juillet, date de la célébration aux États-Unis du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance, a attiré l'attention. Des médias américains y ont vu un possible message politique adressé à la Maison Blanche, une interprétation rejetée par le Vatican, qui assure que cette date reflète uniquement l'importance que Léon XIV accorde à la question migratoire.

Un programme chargé en hommage aux migrants

La visite, programmée pour durer trois heures et demie, a débuté au cimetière de l'île, où le pape a déposé une gerbe sur les tombes numérotées de migrants non identifiés. Il s'est ensuite rendu à la « Porte d'Europe », un monument dédié à la mémoire des disparus en mer. Après un bref entretien avec une famille récemment arrivée, il a béni une plaque commémorative sur le quai rebaptisé « Quai Pape François », avant de célébrer une grande messe en plein air dans le stade de Lampedusa. Ce discours devrait revenir longuement sur les enjeux migratoires.

L'ombre de François

Ce déplacement s'inscrit dans la continuité de l'action de François, qui avait choisi Lampedusa le 8 juillet 2013 pour son premier déplacement hors du Vatican, quelques mois seulement après son élection. À l'époque, le pontife argentin avait jeté une couronne de fleurs depuis une vedette des garde-côtes et dénoncé dans son homélie une « mondialisation de l'indifférence ». Treize ans plus tard, la situation reste préoccupante : le 30 juin dernier encore, une quarantaine de migrants partis de Tunisie ont débarqué sur l'île, rappelant que Lampedusa demeure l'une des principales portes d'entrée vers l'Europe.

Un contexte politique tendu

La visite intervient dans un climat européen marqué par un durcissement des politiques migratoires. L'Union européenne a récemment adopté de nouvelles mesures prévoyant un recours accru à la détention et la création de centres de rétention hors de ses frontières. Léon XIV, qui s'était déjà rendu aux îles Canaries le mois précédent, a fait de la défense des migrants un thème récurrent de son pontificat, remerciant ceux qui aident les plus démunis et dénonçant les expulsions massives aux États-Unis, son pays d'origine.

« La présence du pape Léon XIV envoie un message clair à une époque où le débat politique mondial sur la migration se concentre davantage sur les frontières et la dissuasion plutôt que sur la protection et la responsabilité partagée », a déclaré Filippo Ungaro, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Lampedusa, située à environ 145 kilomètres des côtes tunisiennes et à une centaine de kilomètres de Malte, compte quelque 6 000 habitants sur une superficie de 20 km². En octobre 2013, plus de 360 personnes y avaient péri dans un naufrage, la pire catastrophe de l'histoire de l'île, tandis que des milliers d'autres migrants ont trouvé la mort sur cette route maritime parmi les plus dangereuses du monde.