Le Haut Conseil pour le climat (HCC) a rendu public, jeudi 9 juillet, son huitième rapport annuel, intitulé « Dangers climatiques : la France face à ses responsabilités ». L'institution y dresse un bilan très critique de l'action climatique du pays, pointant un ralentissement marqué de la baisse des émissions de gaz à effet de serre et une préparation largement inadéquate aux conséquences du réchauffement.

En 2025, les émissions brutes de la France n'ont diminué que de 2,1 % par rapport à 2024, selon des données encore provisoires du HCC. Ce chiffre marque un net ralentissement par rapport à la baisse de 3 % enregistrée l'année précédente, elle-même déjà inférieure aux diminutions plus fortes de 2022 et 2023. Pour respecter les objectifs français de réduction des émissions d'ici 2030, le rythme annuel devrait atteindre environ 4 %, soit un quasi-doublement des efforts actuels, souligne le HCC.

« Nous sommes dans une période un peu tragique », a déclaré Jean-François Soussana, président du HCC, en présentant le rapport. Il a dédié ces travaux aux 2 025 personnes décédées lors de la vague de chaleur extrême qui a frappé la France entre le 22 et le 28 juin, selon les données de Santé publique France. Une surmortalité qui illustre, selon lui, l'urgence d'agir.

Ralentissement et causes inquiétantes

Le HCC s'inquiète en particulier de la nature de la baisse observée en 2025 : près de la moitié de la réduction des émissions provient d'une contraction tendancielle de l'activité dans l'industrie et l'élevage, autrement dit de difficultés économiques et de fermetures d'usines, plutôt que de réformes structurelles durables. « L'origine de la baisse des émissions est majoritairement portée par les leviers technologiques, la décarbonation, l'efficacité énergétique, la substitution de combustibles. La réduction de la demande, c'est-à-dire la sobriété, est beaucoup moins mobilisée », a expliqué Valérie Masson-Delmotte, climatologue et membre du HCC.

Un tableau sectoriel contrasté

L'agriculture constitue le secteur le plus problématique. Deuxième poste d'émissions avec 21 % du total, derrière les transports (34 %), elle est le seul domaine où tous les indicateurs de la politique d'atténuation — mesure, stratégie, gouvernance, instruments publics, adaptation et transition juste — sont jugés « insuffisants » par le HCC. « C'est très surprenant que la profession agricole ne semble pas prioriser l'adaptation et la résilience agricole face au changement climatique, alors qu'on explique depuis de nombreuses années les périls qui les menacent », a commenté Jean-François Soussana. Le HCC recommande une transformation du système alimentaire, incluant une réduction de la consommation de viande et un déploiement massif de l'agroécologie.

Seul le secteur de l'énergie (9 % des émissions) affiche une politique d'atténuation jugée « cohérente ». Dans les transports, le rythme de baisse des émissions devrait être multiplié par 2,4, et par 2,6 dans le bâtiment (16 % des émissions). Le secteur des déchets (4 %) doit également accélérer à hauteur d'un facteur 1,1.

Une adaptation très insuffisante

Sur le volet de l'adaptation, le rapport est tout aussi alarmant. « Nous entrons dans une phase dangereuse car dépasser les 40 °C devient de plus en plus fréquent et les vagues de chaleur devraient être multipliées par cinq à l'horizon 2050, selon les projections scientifiques », a averti Valérie Masson-Delmotte. Elle a souligné « un très net décalage entre les efforts d'adaptation et la forte augmentation des besoins dans un climat qui change vite ».

Le HCC estime que la France n'est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. La succession de trois vagues de chaleur en juin et juillet 2026 en a donné un avant-goût : la surmortalité a augmenté de près de 30 % au mois de juin, avec plus de 5 000 décès liés aux fortes chaleurs en 2025. En l'absence d'un changement d'échelle des politiques publiques, le pays s'expose à des chocs d'une ampleur inédite, prévient le rapport.

Un appel à l'action

Le Haut Conseil pour le climat insiste sur la nécessité de combiner attenuation et adaptation de manière urgente. « Il y a un besoin absolu de prioriser la transformation du système alimentaire. D'une part pour permettre à l'agriculture de faire face à l'ampleur des chocs qu'elle subit, on le voit avec les récentes canicules. Mais aussi pour lutter contre l'insécurité alimentaire qui touche un tiers des Français dans l'incapacité de manger sainement », a ajouté Jean-François Soussana.

Alors que le réchauffement en France atteint déjà +2,2 °C par rapport au début du XXe siècle, le gouvernement est appelé à revoir ses priorités. Le HCC, créé en 2018, n'a cessé de répéter que les efforts sont trop lents. Ce huitième rapport marque une nouvelle alerte, à quelques mois de la COP.