Les tensions militaires dans le golfe Persique ont connu une nouvelle escalade jeudi, les États-Unis et l'Iran s'étant livrés à un second round de frappes en l'espace de quelques jours. Le président américain a qualifié cette opération, qui a visé une centaine de sites le long des côtes iraniennes, de « représailles » contre les attaques menées par Téhéran contre des navires marchands dans le détroit d'Ormuz. De son côté, le principal négociateur iranien dans les pourparlers de paix, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré que le détroit « n'ouvrira que sous des arrangements iraniens, et non sous des menaces américaines ». Ces frappes interviennent alors qu'un cessez-le-feu signé il y a trois semaines entre les deux puissances semblait déjà fragile. Le chef de l'exécutif américain a estimé mercredi que l'accord était « fini », tout en laissant entendre que l'Iran restait ouvert à un nouvel arrangement. Les autorités iraniennes, elles, n'ont fait aucun commentaire sur d'éventuelles nouvelles négociations.

Le baril de brut repart à la hausse

Le brut Brent, référence internationale, a gagné plus de 1 % jeudi pour s'établir aux alentours de 79 dollars le baril. Avant le déclenchement des hostilités cette semaine, ce baril était redescendu à 70 dollars, un niveau légèrement inférieur à celui d'avant-guerre. Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, est monté au-dessus de 74 dollars, contre 67 dollars avant le conflit. Aux États-Unis, le prix moyen de l'essence à la pompe s'élevait à 3,80 dollars le gallon mercredi, selon l'automobile-club AAA. Cela représente une hausse de plus de 27 % par rapport à la veille du conflit, fin février. Des stratégistes en matières premières de la banque ING ont estimé dans une note que « les marchés étaient bien trop détendus face aux risques entourant l'accord, et bien trop optimistes sur la rapidité avec laquelle l'offre régionale pourrait rebondir ».

Le trafic maritime dans le détroit toujours très réduit

Selon la société de données maritimes Kpler, seulement 41 navires ont emprunté le détroit d'Ormuz mardi dans les deux sens. Ce chiffre est certes plus élevé qu'au plus fort de la guerre, où seule une poignée de bâtiments osaient traverser ce passage stratégique entre l'Iran et Oman chaque jour, mais il reste très inférieur aux plus de 130 navires quotidiens d'avant-guerre. La majorité des navires ayant transité cette semaine ont utilisé le corridor iranien, que Téhéran présente comme la seule voie viable. Les attaques contre des navires près d'Oman mardi ont déclenché les nouveaux bombardements américano-iraniens. Seuls deux des bâtiments ayant traversé mardi ont emprunté la voie omanaise, pourtant sécurisée par la marine américaine. Le directeur de la recherche macroéconomique mondiale d'Oxford Economics, Ben May, a souligné qu'« il n'est dans l'intérêt d'aucune des deux parties que le trafic à travers le détroit d'Ormuz s'arrête complètement pendant une période prolongée ». Il a jugé trop tôt pour dire si les turbulences actuelles continueront de faire monter les prix du pétrole, « car il est probable que le cessez-le-feu connaisse encore des arrêts et des reprises ».

Marchés financiers sous tension, craintes inflationnistes

Les Bourses mondiales évoluaient en ordre dispersé jeudi. Les contrats à terme sur l'indice S&P 500 étaient stables avant l'ouverture de Wall Street, mais la séance s'annonçait volatile. L'indice de volatilité VIX, surnommé « jauge de la peur », avait atteint mercredi son plus haut niveau en deux semaines. En Asie, les places japonaises et indiennes progressaient, tandis que Séoul et Hong Kong reculaient. Les futures européens étaient orientés à la hausse, sans toutefois compenser la forte baisse de la veille. Le récent renchérissement du pétrole attise les craintes inflationnistes des investisseurs obligataires. Le rendement de l'emprunt d'État américain à 10 ans a bondi aux alentours de 4,6 %, son plus haut niveau depuis mai. (Les rendements évoluent en sens inverse des prix.) Les minutes de la dernière réunion de la Réserve fédérale indiquent que ses responsables se sont dits prêts à relever les taux d'intérêt si l'inflation ne ralentit pas. Par ailleurs, le Fonds monétaire international a abaissé mercredi sa prévision de croissance économique mondiale pour l'année en cours, sous l'effet des conséquences économiques du conflit iranien.