Le baril de Brent a dépassé ce mardi la barre symbolique des 90 dollars, une première depuis plusieurs semaines, dans le sillage d’un regain de tensions au Moyen-Orient. L’escalade intervient après que les autorités iraniennes ont procédé à l’interception de plusieurs navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz, voie de passage par laquelle transite environ un cinquième du pétrole brut consommé dans le monde.
Des interceptions qui inquiètent les marchés
Selon des données de transit maritime, les forces navales de Téhéran ont arraisonné au moins trois pétroliers battant pavillon de différents États au cours des dernières quarante-huit heures. Les motifs avancés par l’Iran restent flous, mais les observateurs y voient une démonstration de force destinée à peser sur les négociations diplomatiques en cours concernant le programme nucléaire iranien. Les autorités américaines ont immédiatement condamné ces actes, les qualifiant de « violation flagrante du droit international », tandis que le Conseil de sécurité des Nations unies a été saisi d’urgence par plusieurs pays membres.
Un effet domino sur les prix à la pompe
Cette nouvelle flambée du brut se répercute déjà sur les prix des carburants en Europe. En France, le gazole pourrait rapidement repasser au-dessus des deux euros le litre, seuil psychologique que les automobilistes avaient retrouvé avec soulagement il y a quelques semaines lors d’une accalmie temporaire. Les analystes du secteur estiment que si la situation dans le détroit d’Ormuz perdure, une hausse supplémentaire de 10 % à 15 % des prix à la pompe est à prévoir d’ici la fin du mois. Les marges de raffinage, déjà très élevées en raison des frappes ukrainiennes contre des raffineries russes, amplifient cet effet de ciseau sur les consommateurs.
Des stocks limités, une décrue peu probable
Les réserves stratégiques de pétrole des pays industrialisés sont actuellement au plus bas depuis le début de la décennie. Les États membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) avaient puisé dans leurs stocks pour tenter de contenir la précédente flambée des prix, mais les capacités de reconstitution restent insuffisantes. Dans ce contexte, les experts jugent peu probable une baisse rapide des cours, même en cas d’apaisement rapide des hostilités. « La volatilité du marché est extrême, et tout incident supplémentaire pourrait propulser le baril bien au-delà des 100 dollars », prévient un analyste basé à Londres.
Un contexte géopolitique toujours instable
L’incident dans le détroit d’Ormuz n’est que le dernier épisode en date d’une série d’escalades au Moyen-Orient. La guerre entre Israël et le Hamas, entrée dans son dixième mois, continue de déstabiliser l’ensemble de la région. Par ailleurs, les frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières russes perturbent l’offre de brut en provenance de la mer Noire, ajoutant une pression supplémentaire sur les marchés mondiaux. Le président iranien, lors d’une allocution publique, a accusé « certaines puissances étrangères » de chercher à envenimer la situation, sans toutefois fournir de précisions.
Les réactions des compagnies pétrolières
Plusieurs grandes compagnies pétrolières occidentales ont annoncé qu’elles suspendaient temporairement leurs transits par le détroit d’Ormuz, par mesure de précaution. TotalEnergies s’est refusé à tout commentaire officiel, mais des sources proches du groupe indiquent que la direction suit la situation « avec la plus grande attention ». De son côté, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) n’a pas encore convoqué de réunion d’urgence, mais plusieurs de ses membres, dont l’Arabie saoudite, ont fait savoir qu’ils étaient prêts à augmenter leur production si nécessaire pour compenser une éventuelle baisse des approvisionnements iraniens.
Quelles perspectives pour les consommateurs ?
Pour les automobilistes français, la perspective d’un nouveau pic des prix à la pompe se précise. Le gouvernement a indiqué qu’il activerait, si nécessaire, le dispositif de remise sur les carburants qui avait déjà été utilisé lors de la précédente crise, mais son enveloppe budgétaire reste limitée. Les syndicats de transporteurs routiers, eux, menacent de bloquer les dépôts pétroliers si aucune mesure d’urgence n’est prise pour amortir le choc. La tension monte donc à tous les niveaux, tandis que les regards restent rivés sur le détroit d’Ormuz, épicentre d’une crise énergétique qui n’en finit pas de s’étendre.