Le prix du pétrole a connu une hausse spectaculaire de plus de 5 % sur les marchés internationaux, les investisseurs anticipant une aggravation du conflit entre Washington et Téhéran. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, a ainsi franchi le seuil symbolique des 100 dollars, un niveau qui n'avait plus été observé depuis plusieurs semaines. Cette envolée s'inscrit dans un contexte géopolitique extrêmement tendu, marqué par le blocage quasi total du détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % des exportations mondiales d'hydrocarbures.

Une crise énergétique sans précédent

Selon les estimations de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les perturbations liées à la fermeture de cette artère maritime ont déjà entraîné une perte cumulée de plus d'un milliard de barils pour les producteurs du Golfe. Actuellement, ce sont plus de 14 millions de barils par jour qui demeurent indisponibles, ce qui constitue « la plus grande crise énergétique de l'histoire », a déclaré le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol, début juin. Le prix du baril, qui évoluait autour de 62 dollars en début d'année, avait déjà grimpé à 115 dollars début avril avant de se stabiliser légèrement sous la barre des 100 dollars ces dernières semaines. La nouvelle poussée de fièvre géopolitique a toutefois ravivé les tensions sur les marchés pétroliers.

L'inflation repart à la hausse

Les répercussions économiques se font sentir à l'échelle planétaire. Aux États-Unis, l'inflation annuelle est passée de 2,4 % en février à 4,2 % en mai, un niveau jamais atteint depuis 2023. Cette hausse est directement alimentée par la flambée des prix de l'énergie. Le salaire réel moyen des Américains, corrigé de l'inflation, recule depuis trois mois consécutifs. Selon une enquête du Conference Board, deux Américains sur trois déclarent avoir réduit leurs achats, tandis que les ménages puisent dans leur épargne pour faire face à la hausse des dépenses. La popularité du président Donald Trump s'en ressent : à cinq mois des élections de mi-mandat, seuls 38 % des citoyens approuvent son action.

Dans la zone euro, l'inflation a atteint 3,2 % en mai sur un an, contre 1,9 % en février. Cette accélération a incité la Banque centrale européenne (BCE) à relever ses taux d'intérêt. Les économistes ont nettement revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour la zone euro, qui apparaît comme la région la plus touchée par le choc énergétique. L'OCDE table désormais sur une progression du PIB mondial de seulement 2,8 % pour l'année en cours.

Des conséquences en cascade

Le blocage du détroit d'Ormuz a provoqué une onde de choc dans l'ensemble de l'économie mondiale. Les chaînes d'approvisionnement sont perturbées, les coûts de transport explosent et les prix des matières premières agricoles suivent la même tendance. Les pays importateurs de pétrole, notamment en Asie et en Afrique, subissent de plein fouet la hausse des factures énergétiques, ce qui risque d'aggraver les déséquilibres commerciaux et de fragiliser les monnaies locales.

Un avenir incertain

Les marchés financiers restent extrêmement volatils, les investisseurs guettant le moindre signe de désescalade ou, au contraire, d'escalade militaire. Les négociations diplomatiques, bien que régulièrement évoquées, n'ont pour l'heure abouti à aucune avancée tangible. La perspective d'une interruption prolongée des flux pétroliers en provenance du Golfe maintient la pression sur les cours et accentue les risques de récession pour plusieurs grandes économies.

Dans ce climat d'incertitude, les banques centrales se trouvent prises en tenaille entre la nécessité de lutter contre l'inflation et celle de soutenir une croissance vacillante. Les prochaines semaines s'annoncent décisives pour l'évolution des prix du pétrole et, par ricochet, pour l'équilibre économique mondial.