Alors qu'une nouvelle vague de chaleur touche la France, la ministre de la Santé a tenté de rassurer mardi en indiquant que les hôpitaux « ne sont pas saturés », tout en reconnaissant des déprogrammations de soins « ciblées » dans certaines régions. Cette déclaration intervient dans un contexte où l'impact du changement climatique sur la santé publique est de plus en plus documenté, les services d'urgence et de réanimation subissant une pression accrue.
Des capacités hospitalières éprouvées par la canicule
Interrogée sur la situation des établissements de santé, la ministre a affirmé que le système tenait bon, malgré un afflux de patients lié aux fortes chaleurs. Selon ses services, si quelques interventions non urgentes ont dû être reportées de manière « ciblée » dans certains hôpitaux, notamment dans le sud du pays, il n'y a pas de saturation généralisée. Les autorités sanitaires ont activé les plans de gestion de crise, qui prévoient le déploiement de lits supplémentaires et le renfort d'équipes mobiles.
Cependant, cette communication officielle contraste avec les alertes émises depuis plusieurs jours par des professionnels de santé et des experts. Dans un rapport publié lundi, une vingtaine de médecins et de chercheurs alertaient sur le fait que « le changement climatique est déjà une urgence sanitaire » et que « nos hôpitaux ne sont pas prêts ». Ils pointent le manque de moyens structurels pour faire face à l'augmentation des pathologies liées à la chaleur (coups de chaleur, déshydratation, aggravation de maladies chroniques) et aux pics de pollution qui les accompagnent souvent.
Une alerte sur l'adaptation du système de santé
Les signataires de cette tribune, parmi lesquels figurent des urgentistes et des climatologues, estiment que les mesures actuelles sont insuffisantes. Ils réclament un plan d'investissement massif dans l'isolation thermique des bâtiments hospitaliers, la formation du personnel et l'anticipation des crises. « Chaque été, ce sont les mêmes constats, mais les solutions tardent à venir », déplorent-ils. Les services de gériatrie et de pédiatrie sont particulièrement exposés, les personnes âgées et les jeunes enfants étant les plus vulnérables aux fortes températures.
Dans plusieurs métropoles, les équipes médicales font état d'une augmentation de 20 à 30 % des passages aux urgences durant les épisodes caniculaires, une tendance qui devrait s'accentuer avec le réchauffement climatique. Les déprogrammations chirurgicales, bien que qualifiées de « ciblées » par la ministre, suscitent l'inquiétude des patients et des syndicats hospitaliers, qui redoutent un effet domino sur les listes d'attente déjà longues.
Des mesures d'urgence et des interrogations sur la prévention
Le gouvernement a rappelé les consignes de prévention auprès de la population : hydratation régulière, fermeture des volets aux heures chaudes et limitation des activités physiques. Des points d'eau et des salles climatisées ont été ouverts dans plusieurs communes. Mais pour les professionnels de santé, ces gestes ne suffisent pas. « Il faut repenser l'architecture des soins », insiste un urgentiste interrogé. « On ne peut pas continuer à gérer la crise en flux tendu. Il faut une véritable stratégie d'adaptation. »
Alors que l'été n'est pas encore terminé et que de nouveaux épisodes de chaleur sont annoncés, le débat est relancé sur la place de l'hôpital dans la stratégie d'adaptation au changement climatique. La ministre a indiqué qu'un bilan serait dressé à l'automne, mais les critiques estiment que le temps presse.