Un vote décisif à Strasbourg

Le Parlement européen a donné son feu vert, mercredi 17 juin, à l'assouplissement de la réglementation encadrant les nouvelles techniques génomiques (NGT) dans le secteur agricole. Cette décision ouvre la voie à la culture et à la commercialisation de variétés végétales issues de modifications génétiques ciblées, présentées par leurs promoteurs comme plus résistantes à la sécheresse ou aux maladies.

Des opposants mobilisés avant le scrutin

Dans les heures précédant le vote, des milliers de manifestants se sont rassemblés à Strasbourg pour protester contre ce texte. Syndicats agricoles, associations de défense de l'environnement et collectifs citoyens ont dénoncé ce qu'ils considèrent comme un abandon de la souveraineté alimentaire. La Confédération paysanne, notamment, a crié à une « privatisation totale des semences », estimant que la nouvelle législation profitera exclusivement aux grands groupes semenciers.

Absence de traçabilité au cœur des critiques

Le principal point de discorde porte sur l'absence d'obligation d'étiquetage pour les produits issus des NGT. Contrairement aux organismes génétiquement modifiés (OGM) de première génération, les nouvelles variétés ne devront pas faire l'objet d'une mention spécifique sur les emballages. Les opposants dénoncent une traçabilité inexistante pour le consommateur, incapable de distinguer un aliment traditionnel d'un aliment modifié. « Le droit de savoir est bafoué », ont résumé plusieurs porte-parole lors du rassemblement.

Un feu vert malgré les alertes

Plusieurs organisations environnementales et scientifiques avaient pourtant alerté sur les risques potentiels pour la biodiversité et l'écosystème agricole. Des études citées par les manifestants soulignent que les modifications génétiques pourraient se propager aux espèces sauvages et favoriser l'émergence de résistances aux pesticides. Malgré ces mises en garde, le Parlement a validé le texte à une majorité confortable.

Les réactions des acteurs économiques

Les semenciers français, eux, redoutent un déséquilibre concurrentiel face aux géants internationaux du secteur. Ils craignent que le nouveau cadre réglementaire n'entraîne une concentration accrue du marché, les brevets sur les semences NGT risquant d'être détenus par un petit nombre d'entreprises. La députée européenne qui a porté le texte a défendu une nécessité d'« innovation » pour répondre aux défis climatiques, mais les petits exploitants agricoles dénoncent une « mainmise » sur le vivant.

Prochaines étapes

Le vote du Parlement européen n'est qu'une étape : le texte doit encore être examiné par le Conseil de l'Union européenne, où les États membres pourraient amender certaines dispositions. Les opposants promettent déjà de poursuivre leur mobilisation devant les institutions nationales et européennes.