Strasbourg, reportage. À la veille d’un vote décisif au Parlement européen, plus de 200 personnes se sont rassemblées le 16 juin sur la passerelle faisant face à l’institution pour dénoncer le projet de règlementation sur les nouveaux organismes génétiquement modifiés (OGM). Porté par des syndicats agricoles français et allemands ainsi que par des acteurs des filières biologiques, le mouvement réclame notamment le maintien de la traçabilité des produits issus des nouvelles techniques génomiques (NTG).
Des OGM « cachés » sans étiquetage
Le texte, présenté par la Commission européenne en 2023, prévoit d’autoriser la commercialisation sans contrainte des végétaux issus des NTG à condition qu’ils aient subi moins de vingt modifications génétiques. Pour les opposants, ce changement de paradigme revient à assimiler ces produits à des OGM « cachés », car l’étiquetage obligatoire – en vigueur pour les OGM classiques – serait supprimé. « Les consommateurs ne sauront plus s’ils mangent des produits génétiquement modifiés, car il n’y aura aucune traçabilité », a déclaré Églantine Berthet, co-porte-parole de la Confédération paysanne Alsace, lors du rassemblement. « Aujourd’hui, s’il y a des OGM dans une chaîne de production, cela doit être mentionné. Demain, il n’y aura plus de mentions obligatoires. Même nous, professionnels, ne pourrons plus savoir s’il y a des NGT dans la nourriture que nous donnons à nos animaux », a-t-elle ajouté.
Risques de contamination et brevets sur le vivant
Au-delà de l’enjeu d’information, les agriculteurs présents ont exprimé leur crainte de « risques de contamination » des semences paysannes par les cultures NTG. « Quand l’on fait des semences paysannes mais que l’on est à côté de quelqu’un qui utilise des OGM, une pollinisation va se faire, puis une fructification va aboutir à la création de semences génétiquement modifiées, par hybridation. Cela pose de vrais problèmes de contrôle de sa production », a expliqué Églantine Berthet. À cette contamination potentielle s’ajoute une menace juridique : les entreprises détenant des brevets sur les NTG pourraient poursuivre les agriculteurs dont les graines paysannes présenteraient des similitudes génétiques avec les variétés brevetées, même en cas de pollution involontaire.
Une quarantaine d’organisations mobilisées
Une quarantaine de syndicats et organisations européennes avaient appelé à cette mobilisation. Des stands d’information et des prises de parole se sont succédé au pied d’un tracteur, dans une ambiance déterminée. Le vote, prévu le 17 juin, pourrait valider une règlementation que les détracteurs jugent trop laxiste et favorable aux intérêts des multinationales semencières.
Enjeu pour les filières bio et paysannes
Les acteurs de l’agriculture biologique, particulièrement exposés, redoutent que l’absence de barrières entre cultures NTG et conventionnelles ne compromette leurs cahiers des charges. « Nous risquons de tout perdre », résumait récemment un collectif d’organisations bio. Le texte européen, s’il est adopté, représenterait selon eux une menace existentielle pour la filière.